Retrouvez le portrait d’Ambre Hervo, ici : Ambre Céramique
Photographies : Rémy Lidereau pour Étonnantes

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Ambre, depuis quand crées-tu ?  
AMBRE : J’ai monté ma micro-entreprise en 2009. J’ai d’abord commencé par un travail de faïence car je n’étais équipée que partiellement avec uniquement un tour. Un potier qui habitait à côté de chez moi me prêtait gentiment son four mais la contrainte technique était qu’il ne pouvait pas cuire à haute température, alors j’ai commencé par faire de la faïence un peu par défaut. J’ai fait ça quelques années et après j’ai réussi à acquérir un four un peu plus puissant qui m’a permis de m’orienter vers la porcelaine.

Quelle est la différence entre porcelaine, céramique et faïence ?
La céramique est le terme générique qui englobe la transformation de la terre par le feu, par la cuisson. C’est vraiment la discipline générale. Ensuite, il y a plusieurs types d’argiles et différentes techniques. Moi j’utilise de la porcelaine avec la technique du tournage. La porcelaine est une argile non naturelle qu’il faut constituer : c’est du kaolin, du feldspath et du quartz. J’utilise de la pâte fabriquée à Limoges dont la particularité est sa blancheur et sa translucidité. C’est une terre qui est très belle naturellement, qui n’a pas besoin de beaucoup d’artifice. Je travaille toujours la même depuis 2010 car celle que je travaille me convient très bien.

Pourquoi as-tu choisi d’utiliser la technique du tournage ?
Parce que c’est la technique que j’affectionnais le plus pendant mes études, avec laquelle je me sentais le plus à l’aise, pour le contact avec la matière qui tourne… Il y a un côté très hypnotique, très fascinant à regarder les gens pratiquer cette technique. Une fois que les gestes sont acquis, on ressent une grande satisfaction à créer par cette technique.  Le moulage ou le modelage n’étaient pas forcément des techniques vers lesquelles j’avais envie de me tourner. En fait il y a vraiment une diversité très riche dans la céramique, entre les cuissons, les émaux, les terres… On retrouve tout un tas d’applications différentes alors que l’on travaille la même matière, c’est ce qui est passionnant dans ce métier.

Et tu penses avoir trouver ton style ?
Je pense oui. Mais j’espère aussi que j’ai encore de nouvelles découvertes qui m’attendent car j’aime continuer à expérimenter ce matériau. J’ai toujours de nouvelles idées, je ne suis pas lassée. Avant, je faisais principalement des objets utilitaires, de la vaisselle, et je m’y plais toujours d’ailleurs ! Mais depuis que je travaille avec Benjamin (avec qui elle a créé Atelier Pok, marque de luminaires en bois et céramique), j’ai développé une autre application sur le luminaire. Techniquement ça reste la même chose mais l’application est complètement différente, ça m’a permis d’ouvrir mes influences, mes inspirations. C’est un autre aspect de mon travail.

En quoi est-ce différent de travailler la vaisselle et les luminaires ?
Sur la vaisselle, je travaille toute seule, avec des formes et des graphismes très simples. C’est très minimal car j’essaie de ne pas charger mes créations. Je laisse souvent le blanc de la porcelaine exister le plus possible. Par exemple, une pièce sera brute à l’extérieure et émaillée à l’intérieur.

Comment as-tu fait pour t’équiper à tes débuts ?
J’avais réussi à économiser pour m’acheter un tour. Car lorsque l’on débute en céramique, c’est comme passer son permis sans avoir de voiture. Pendant nos études, les écoles fournissent la terre, les émaux… On ne se rend pas toujours compte de ce privilège. A mes débuts, j’ai emprunté un four puis grâce au soutien financier parental, j’ai pu en avoir un ! Car on ne peut pas faire de céramique si on ne peut pas cuire. Mais il faut avoir des moyens pour débuter, il faut un atelier, un environnement, de la terre, un four… Un tour à la rigueur, ce n’est pas obligatoire.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Tu as toujours réussi à vivre de tes créations ?
Non, j’ai toujours eu une activité « alimentaire » à temps partiel à côté. Souvent les céramistes ont une activité d’enseignement à côté mais ce n’était pas le choix que j’avais envie de faire. Bien sûr j’aimerais ne plus avoir cette activité alimentaire mais il y a une réalité économique. La question s’est posée mais ça n’a pas été possible de pouvoir s’en passer…
Mais c’est déjà un privilège d’avoir pu conserver et développer mon activité de céramiste car c’est toujours difficile de faire sa place dans ce milieu. Même si l’artisanat reprend de l’intérêt auprès du grand public et des professionnels, cela reste une activité assez précaire, au-delà de la satisfaction que ça peut représenter. Mais ce n’est pas un hobby du tout, c’est une activité professionnelle pour laquelle j’essaie d’être la plus assidue possible : parce qu’en plus de la partie création, il y a la partie diffusion.

Comment fais-tu connaître ton travail justement ? Sur les réseaux sociaux ?
Oui, il y a cet outil-là qui n’est pas négligeable. Sinon ça a surtout été des rencontres directes avec des professionnels.

Que tu as toi-même sollicités ?
Oui mais il y a aussi des professionnels qui sont venus vers moi ou vers nous, Benjamin et moi. C’est assez flatteur, cela veut dire que ça porte ses fruits de se diffuser et d’être visible aussi bien en « vrai » que sur les internets. C’est un gros travail de convaincre, de séduire avec son travail, de donner envie de collaborer avec nous. Parce que c’est vraiment des collaborations, pas juste des revendeurs et ça c’est vraiment important.

En quoi ce sont des collaborations ?
Parce que c’est important d’être en cohérence avec une identité et une éthique aussi. Ne pas chercher à vendre à n’importe qui à tout prix. La boutique L’Inatelier à Nantes est un bon exemple de collaboration : ils nous ont contacté il y a un an quand ils lancaient leur projet. Ils étaient attirés par nos projets personnels et par nos luminaires. On travaillait déjà avec la boutique Mira rue Voltaire, donc pour L’Inatelier, on a plus axé sur nos productions personnelles : Benjamin sur son mobilier et moi sur ma vaisselle. Marie de L’Inatelier avait un projet sur des assiettes, ce n’est pas forcément quelque chose que j’aurais fait toute seule et du coup par ses indications et ses envies, je me suis adaptée à sa demande tout en respectant mon identité et mon esthétique.

Quand trouves-tu le temps de créer, entre ton travail à mi-temps et ton rôle de maman ? 
Je travaille beaucoup. Le peu de temps de libre que j’ai, je le consacre à l’atelier. J’y suis parfois le soir de 17h à 22h parce que j’ai des impératifs tels que des commandes, des évènements. Le problème de la céramique est que ce n’est pas instantané, il y a deux cuissons à faire, voire trois quand il y a de l’or. Donc quand on fait un retro-planning sur une livraison ou une expo, il faut absolument anticiper. Là par exemple il fait froid donc le séchage est beaucoup plus long et les pièces peuvent geler, c’est plus compliqué, il faut vraiment attendre que toute l’humidité soit partie avant de cuire les pièces. Donc la céramique apprend la patience, l’humilité.

La patience et l’humilité faisaient déjà partie de ton caractère avant de faire de la céramique ?
La patience non, mais j’arrive à me l’imposer. Et l’humilité oui, je pense que j’avais ça en moi par mon éducation. Mais c’est la terre qui décide de toute façon, on l’apprend dès l’école ! Parfois on veut aller vite mais on se rend compte que ça ne marche pas si on ne respecte pas le processus que nous impose la terre.

Quel est ce processus ?
J’achète des pains de terre : c’est une pâte qui est déjà prête à l’emploi, de la porcelaine de tournage. Je bats ma terre pour enlever les bulles d’air. C’est impératif avant de la travailler. Donc généralement une journée à l’atelier commence par battre de la terre. Ca donne chaud, mais c’est indispensable ! Il y a des techniques pour battre la terre que l’on apprend à l’école. J’utilise la technique de « la tête de bélier ». Après avoir battu ma terre, je la pèse avec une balance. Généralement avec un certain poids de terre, je sais à quel volume je peux prétendre.

Tu te fixes alors un nombre de pièces à réaliser par journée ?
En fonction des objectifs que j’ai, je me dis « il faudrait que je fasse tant de vases ou de godets » pour gagner du temps.
Il y a des jours où ça ne veut pas et d’autres où ça avance bien. Mais j’essaie de ne pas trop me mettre la pression non plus parce que sinon on n’est pas très efficaces ! Donc je préfère y aller détendue, je me fixe un objectif et si je sens que je fatigue, je m’arrête. Parce que l’idée n’est pas non plus que je me fatigue à faire ça même si parfois il y a des « coups de bourre » et il faut y aller !   

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Donc après avoir pesé la terre…
Je me prépare une petite quantité de balles de terre, une vingtaine, ensuite je me mets au tour et je travaille « en série ». Si j’ai vingt bols à faire, je les fais : une balle fait une pièce.

C’est le tour que tu as depuis tes débuts ?
Oui, que j’ai acheté neuf à Ancenis où il y a une fabrique de tours et de fours, autant faire marcher l’économie locale ! Il fonctionne très bien, je voulais vraiment quelque chose de professionnel, qui me dure. Il supporte du poids, je peux faire tourner de grosses pièces, jusqu’à deux kilos. 
Car la porcelaine a cette particularité d’avoir beaucoup de retrait. Elle va beaucoup réduire à la cuisson donc il faut anticiper la taille finale. Parfois c’est un peu décevant parce qu’on fait une grosse pièce mais après cuisson elle a beaucoup réduit.

Pour une journée de création, comment t’organises-tu ?
Généralement je fais les choses chronologiquement. Quand des pièces sont en train de sécher, je peux en tourner d’autres. Ou quand la première cuisson est faite, je peux faire l’émaillage sur d’autres et ainsi de suite, ce qui fait que j’arrive toujours à ne jamais avoir de temps morts.  Mais dans une journée on peut faire plusieurs activités, tout dépend des urgences. A la commande d’une pièce, je précise un mois de délai. Parce qu’entre les deux ou trois cuissons, on ne peut pas ouvrir le four tout de suite. Il y a des délais incompressibles et les décors à faire qui prennent du temps. Il faut enfourner, défourner, faire l’émaillage qui est à l’état liquide : on y trempe les pièces pour les remettre au four ensuite…

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ton activité ?
Cela demande beaucoup de motivation, d’énergie. Il y forcément des moments où on se dit « à quoi bon ? ». Mais c’est aussi parce que je travaille dans l’urgence, j’aimerais avoir le temps de passer toutes mes journées à l’atelier et ne pas me dire « bon là j’ai un créneau de 17 heures à 22 heures… ». La notion de plaisir n’est pas toujours quand on veut. Je suis parfois obligée de travailler quand je peux et non quand je veux. Mais avec Benjamin c’est une bonne émulation : on travaille tous les deux, on partage la même passion de ce travail.

Qu’est-ce qu’il faudrait pour que tu en vives pleinement ?
Il faudrait avoir plus de temps pour produire plus, pour honorer plus d’évènements et de boutiques.

Parce qu’il y a des demandes que tu ne peux pas satisfaire ?
Oui ça m’arrive. C’est frustrant mais je préfère bien faire ce qu’on me demande et ne pas m’engager sur des choses que je ne pourrai pas honorer ou mal. Ce serait vraiment très vexant pour moi de ne pas proposer un produit, une création que j’estime. Je me fixe une certaine exigence. Mais je pense que je suis quand même assez privilégiée parce que ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir exercer une activité de création et de pouvoir la pérenniser.
Cela va faire dix ans que je crée. Alors en effet il y a eu des intermittences, des projets personnels qui ont mis en sommeil ce projet-là. La vie est comme ça, c’est comme pour tout, parfois il y a besoin de faire un petit break pour pouvoir repartir de plus belle. Et il y a des rencontres qui permettent de donner un nouvel essor à son travail donc là j’espère pouvoir continuer sur ma lancée.

Comment te considères-tu ? Artiste ?
Je me sens artisan, je crois que ça englobe tout. A la fois le travail de création, de design et à la fois la partie pratique. Je crois que c’est très complet comme terme, on n’est pas que des exécutants.

Dessines-tu tes pièces avant de les réaliser ?
Ça m’est arrivé de faire quelques croquis, c’est quand même une étape indispensable même si avec le temps il y a des choses que j’ai en tête. Mais généralement j’essaie d’anticiper par le dessin, de faire un peu de recherches. Souvent, mes créations sont des déclinaisons, des continuités de pièces que j’ai déjà réalisées.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Est-ce que le fait d’être à Nantes te limite ou au contraire t’aide pour le développement de ton activité ?
Je pense que c’est une chance d’être à Nantes, de bénéficier de cette énergie. C’est une ville très réputée pour être active culturellement. Ne serait-ce que par toutes les rencontres que l’on peut y faire. Ça je le ressens. Avant j’étais en périphérie de Nantes, à la maison, ce n’était pas du tout la même énergie ! Maintenant avec mon atelier à Nantes, j’assume plus facilement mon activité et mon identité d’artisan.

Y a t-il des créatrices nantaises dont tu es proche ?
On se rencontre souvent sur les évènements ou par le biais des boutiques. Récemment j’ai découvert Mélanie Clénet aux Ateliers Le 67 que je ne connaissais que par les réseaux et dont j’aime beaucoup le travail. J’aime aussi le travail d’Hélène Lefèvre qui fait de la vannerie sur des contenants en verre ou céramique. En ce moment on travaille avec Prisme Editions : Rozenn vient de créer sa petite maison d’édition pour fédérer tout un réseau de créateurs nantais, des designers, artisans, graphistes. C’est un très beau projet parce que ça permet de rencontrer encore et encore tout ce vivier nantais. Après en céramique il y a pas mal de monde. Il y a Aude Fabrik, Hélène Morbu que je connais pas personnellement, Margot Coville, Cassandre Bouilly….

L’ambiance est bonne entre céramistes ?
On ne se rencontre pas plus que ça mais il n’y a pas de raisons qu’il n’y ait pas une bonne ambiance ! A mes débuts, j’ai fait beaucoup d’expositions de créateurs tous champs confondus, c’est très instructif, ça m’a beaucoup appris et ça m’a permis de sentir un élan de solidarité pour nos pratiques qui sont quand même assez précaires. C’est pour ça que l’humilité c’est important, on est tous dans les mêmes conditions de travail.

Tu trouves donc que ton activité est précaire ?
Oui, c’est quand même précaire. Il n’y a pas de certitudes, même si c’est ce qui fait le charme des créations artistiques. C’est précaire par l’aspect économique évidemment, mais aussi parce que c’est dépendant de notre envie comme pour tout travail indépendant : il faut se prendre en main, il y a plein de choses à gérer… Mais il y a aussi l’aspect créatif, parfois je me demande si j’aurai toujours envie de créer ?

Tu arrives à te projeter dans quelques années ?
Oui car ce qui fait tenir aussi c’est l’ambition : de faire tel ou tel objet, d’aller toujours plus loin dans sa démarche et dans ses créations.

Qu’est-ce que tu ambitionnes alors ?
Déjà d’en faire mon travail à temps plein. Cette année a été une belle année, avec un bon bilan et de beaux évènements, des personnes qui nous ont suivis, encouragés.

Depuis que vous vous êtes installés avec Benjamin dans cet atelier en septembre 2017, ressentez-vous une différence dans votre travail ?
Oui. Même moi, dans mon approche. Avant, peut-être que j’étais plus enfermée, je faisais mon travail à l’atelier et je sortais quelques fois pour des marchés de potiers ou des expos de créateurs. Là, je travaille plus avec des boutiques et sur des évènements, je me permets d’avoir des ambitions sur des choses un peu plus conséquentes, de participer à des salons, des expos où la sélection n’est pas toujours facile.
C’est un milieu où il y a énormément d’offres. Ça donne un challenge à son activité de savoir que l’on va participer à tel ou tel salon. Là en fin d’année, on était à la Biennale Emergence à Pantin, à l’Hôtel Bohème, aux Puces du design… On a envie d’être à la hauteur de ses évènements, de faire honneur aux personnes qui croient en notre travail donc ça motive vraiment. On a envie d’être encore plus exigeant sur son boulot, c’est hyper intéressant.

Qu’est-ce qui différencie ton travail d’un autre ?
Je ne sais pas. Peut-être que maintenant j’arrive à être identifiée sur ce travail de porcelaine, sur ce travail du luminaire aussi, d’associer le bois et la porcelaine c’est une plus-value incontestable. On n’en voit pas beaucoup ou simplement des baladeuses en porcelaine. Mais vraiment de concevoir un objet où le socle n’est pas au service d’un abat-jour et vice versa, c’est assez rare. Là on essaie vraiment de travailler en faisant que l’un ne peut pas fonctionner sans l’autre. La chaleur du bois devient un complément à la porcelaine qui peut paraître assez froide.

Ces luminaires, tu les fais aussi au tour ?
Oui, au « tournassage ». C’est l’étape après le tournage. Pour le tournassage, je mets la pièce à l’envers sur le tour et avec des outils je travaille le cul de la pièce, je redessine la courbe de l’objet et je fais les finitions. La pièce est en rotation et je fais des stries. Sur l’abat-jour, l’idée est de laisser passer la lumière donc plus la porcelaine est fine, plus la lumière peut passer. Et ce n’est pas du tout ce que je développe avec la vaisselle.
Quand je pense à un abat-jour, je pense à la lumière en me demandant comment je peux faire pour interagir entre porcelaine et lumière. Et ça c’est mon boulot sur notre travail : l’esthétique de l’abat-jour et comment la lumière va passer à travers la porcelaine.

Depuis quand existe Atelier Pok ?
On avait commencé à travailler déjà fin 2016 – début 2017. Benjamin avait son atelier sur Montreuil et on travaillait à distance l’un de l’autre. J’avais envie de trouver une nouvelle application de mon travail de porcelaine. J’avais déjà expérimenté à travers le biais de photophores mais je n’avais pas abouti à quelque chose de très concluant. Et sur l’aspect luminaire, je ne me sentais pas techniquement de faire ça toute seule. Benjamin lui, c’est quelque chose qu’il a toujours eu en tête, il a retrouvé des vieux carnets de croquis où il y avait déjà des dessins d’objets mais il n’avait pas cette plus value de la porcelaine qui venait vraiment donner un côté beaucoup plus « noble ». Ça a été une belle complémentarité. Grâce à notre collaboration je peux prétendre à créer des objets que je n’aurais certainement pas pu faire toute seule.

Comment créez-vous ensemble ?
Benjamin dessine et ensuite il me demande si c’est réalisable. Parce qu’il ne se rend pas forcément compte de mes limites techniques. Avec mon tour, je ne peux pas faire des formes triangulaires ou carrées par exemple ! Donc il y a un aller-retour à ce niveau-là et quand on a un modèle, on fait un prototype à partir duquel on fait des ajustements nécessaires, soit parce que l’esthétique ne correspond pas du tout, parce qu’au niveau des proportions ça ne fonctionne pas ou parce que techniquement, on se rend compte que ce n’est pas réalisable.
Avant d’aboutir à un modèle définitif, il y a quelques essais. Mais ça fait partie du plaisir aussi, de la genèse d’un objet. Depuis qu’on a commencé, on a fait une dizaine de modèles mais il n’y en a que cinq que l’on maintient et développe. Notre regard s’affine, notre technique aussi.

Quels sont tes projets pour 2019 ?
J’espère pérenniser les collaborations que j’ai. Et le gros projet du printemps sera de faire un workshop en Chine à Jingdezehen, la capitale de la porcelaine, dans un institut où il y a des résidences d’artistes, des workshops avec des intervenants extérieurs qui viennent faire des ateliers sur telle ou telle technique.
L’idée pour moi est vraiment de découvrir et de me perfectionner sur certaines techniques, dans un univers où on est baigné dans la céramique et la porcelaine. Ça fait dix ans que j’ai monté ma petite affaire, le temps passe très vite parce qu’on est dans le tourbillon de la vie et on n’a pas forcément le temps de s’offrir une formation. Il n’y a pas besoin d’aller en Chine pour trouver des potiers et céramistes très compétents mais je n’ai jamais trouvé le temps de le faire plus tôt ! Ça va être super de revenir dans ce rôle d’élève et de partager ça avec d’autres. L’idée serait aussi de peut-être développer la technique du moulage en vue d’étendre notre gamme de luminaires avec d’autres techniques et d’autres formes.

Ne pas maitriser la technique du moulage est quelque chose qui te manque ?  
Oui ça peut être une limite dans notre pratique. C’est toujours bien d’avoir cette opportunité, cette ouverture, après à voir ce qu’on en fera mais c’est bien d’avoir tous ces champs.
On aimerait bien aussi finir l’année avec Maison & Objet en présentant les luminaires. On a vraiment envie de leur donner un essor, on est dans une très bonne dynamique, on a eu de très bons retours donc a vraiment envie de persévérer dans ce projet. Après il ne faut pas être dispersés, j’ai aussi encore beaucoup de plaisir à faire mes créations plus personnelles. Je me laisse aussi le plaisir du hasard et des rencontres, on ne peut pas toujours savoir ce qui va se passer. Je fais confiance à 2019, j’espère qu’il y aura plein de bonnes choses qui nous attendent, et du travail surtout. Ce qui est bien c’est qu’on a des collègues qui sont aussi à leur compte et c’est bien d’avoir cette dynamique. On n’est pas sur les mêmes champs d’action mais ça fait du bien de partager ses expériences, ses contacts, de se soutenir dans ses activités. A Nantes principalement, je pense qu’on a cette chance qu’il y ait un réseau assez large et pourtant petit en même temps : une fois que tu y pénètres un peu, il y a une bonne émulation, on a une belle identité et c’est ce qui attire beaucoup de monde. 

Publié par :Solenn Cosotti

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