Retrouvez le portrait de Mathilde Cabanas, ici : Mathilde Cabanas
et ses adresses nantaises, là : Les adresses de Mathilde Cabanas
Photographies : Rémy Lidereau pour Etonnantes

Quel est ton parcours Mathilde ?
J’ai fait une prépa Art à l’Atelier de Sèvres à Paris, et ensuite une Ecole d’Arts Graphiques. Je voulais être artiste, illustratrice, c’était vraiment ancré profondément en moi mais je ne savais pas quelle forme cela allait prendre. J’ai commencé l’illustration en Prépa et je me suis dit qu’il valait mieux que je sois graphiste si je voulais pouvoir gagner ma vie. Pendant mes études j’ai appris à utiliser des logiciels, ce qui me sert encore aujourd’hui, mais ce n’était pas extraordinaire… Faire des logos n’était pas vraiment mon truc.

Car au fond, tu ne voulais pas travailler pour les autres ?
Ça je m’en suis rendue compte à la sortie de l’école. Après avoir eu mon diplôme, j’ai passé un entretien au sein d’une entreprise qui faisait de la mise en page de magazines, sauf qu’il ne s’agissait pas de magazines qui me plaisaient. A l’époque déjà, alors que je n’étais pas maman, j’aimais Milk, Doolittle… Ça ne me plaisait pas de devoir travailler sur des choses qui ne m’intéressaient pas. Alors j’ai refusé leur offre et j’ai décidé de me lancer en tant que graphiste freelance tout en trouvant un travail d’appoint. Mais je ne connaissais personne, je n’avais encore aucun client !

C’était un choix très risqué !
Oui c’était risqué mais je savais très bien où je voulais travailler : au sein de la boutique Bonton, celle qui était en face du Conran Shop et à côté du Bon Marché. Cette boutique-là, précisément ! J’ai été prise en tant que vendeuse. La boutique était très agréable, lumineuse, l’équipe était hyper sympa et je m’y sentais bien. Je préférais être dans un endroit où je me sentais bien même si le travail que j’y faisais n’était pas ma formation. Et j’ai toujours été attirée par l’environnement « kids » même si la vente n’était pas vraiment mon truc. Ce qui était bien c’est qu’à l’époque, Bonton était encore une entreprise familiale tenue par une famille hyper créative. J’avais vraiment l’impression d’être là où il fallait être. A un moment, les acheteuses du magasin cherchaient quelqu’un pour les aider au bureau, donc j’y suis allée pendant un mois et cela m’a beaucoup plu de découvrir tout ce qui se passait en interne. Je travaillais aussi aux côtés des « visuel merchandisers » qui faisaient les vitrines et nous demandaient de les aider. Travailler dans la boutique m’a permis de découvrir plusieurs métiers différents. Collaborer avec les acheteuses et les « visuel merchandisers », réceptionner les marchandises m’a ouvert au « wholesale ».

En parallèle de ton travail de vendeuse, tu étais donc freelance graphiste ? 
J’avais quelques clients mais c’était hyper anecdotique ! Surtout que je travaillais quand même quatre jours par semaine chez Bonton, et cela pendant deux ans.
Le moment clé où tout a basculé c’est quand j’ai commencé à réaliser des cartes d’invitations aux anniversaires. Car les clients de Bonton nous demandaient toujours des cartes et je n’aimais pas celles qui étaient proposées. C’était en 2012 : j’ai fait des cartes d’invitations, les acheteuses les ont mises en boutiques et ça a bien marché ! Alors de fil en aiguille j’ai développé une ligne de papeterie : des mini-cartes, des cartes, des affiches… J’imprimais tout sur ma petite imprimante. Et la grande révélation alors a été de savoir comment marger ! Parce que lorsque l’on propose un produit à la boutique, elle fait une marge dessus. J’ai calculé combien ça me coûtait sauf que ce n’était pas du tout rentable parce que je ne prenais pas en compte le temps de fabrication, je ne pouvais pas déduire mes frais…

Quel type d’illustration y avait-il sur tes premières cartes ?
Des dessins très enfantins. Je dessinais à la main aux crayons de couleurs, je scannais et retouchais ensuite sur l’ordinateur. Après, j’ai dessiné directement à l’ordinateur car je me suis rendue compte que pour les livres notamment, la qualité est meilleure lorsque je dessine directement sur Photoshop. C’était super d’être chez Bonton car toutes les boutiques du monde venaient s’en inspirer ! C’était vraiment une belle vitrine, je recevais beaucoup d’emails de boutiques qui voulaient revendre mes illustrations. La croissance de mes créations s’est alors vraiment faite naturellement, au fur et à mesure. En 2012 j’ai eu ma fille et j’ai pu prendre neuf mois avec elle. Ensuite j’ai fait appel à un imprimeur parce que c’était plus simple, mais il fallait quand même que je mette sous pochette ce qui était très contraignant. On faisait ça à la chaine devant la télé avec mon mec !

A tes débuts, tes créations étaient essentiellement distribuées chez Bonton ?
Oui chez Bonton qui était mon plus gros client, ainsi que dans la boutique parisienne Poisplume. J’ai fait le salon Maison & Objet pour la première fois en 2014 où je suis devenue amie avec les fondatrices de My Little Day qui envoyaient leurs clients jusqu’à mon stand, complètement caché au fond du salon ! Ensuite on a déménagé à Nantes parce qu’on ne voulait pas avoir deux enfants à Paris.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes


Aujourd’hui ton fameux « bisou » est devenu comme l’emblème de ta marque. Comment est-il né ?
C’est venu d’une mini-carte. Je trouve que « bisou » est le mot que l’on peut utiliser en toute circonstance. J’avais déjà fait des cartes « happy birthday » ou « merci »  mais ce sont des mots que l’on n’achète pas au quotidien, seulement occasionnellement. Le mot « bisou » est génial parce qu’on l’utilise tout le temps et à l’époque on le voyait beaucoup moins qu’aujourd’hui. C’est drôle parce que quand je crée quelque chose, je sens son potentiel. Et le « bisou », j’ai senti que ça allait bien fonctionner.

Pourquoi as-tu ressenti ça ?
Il y a quelque chose avec ce mot… Tout le monde l’aime : c’est doux, le son est joli, il y a deux syllabes ni trop longues, ni trop courtes. J’ai commencé par des mini-cartes, toutes blanches avec au milieu seulement, un cœur rouge avec écrit « bisou ». Hyper minimaliste, percutant, je savais qu’il y avait un truc. La mini-carte a très bien marché alors j’ai décliné le bisou sur des pin’s, des totebags…

C’est à partir de ce moment-là que tu as commencé à étendre ta marque sur différents supports ?
Oui. Et c’est à ce moment-là aussi qu’il y a eu la collaboration avec Balzac Paris. Je connais l’équipe depuis leurs débuts et on a eu un coup de foudre amical avec Chrysoline de Gastines, la créatrice. C’est eux qui voulaient faire une collaboration mais sans vraiment savoir sur quel produit. Je n’étais pas encore connue pour le « bisou », ils voulaient me rencontrer. J’avais déjà essayé de broder le « bisou » avec un cœur sur un body de ma fille et je trouvais ça très joli. Je l’ai proposé à Balzac Paris qui l’a décliné sur un T-shirt. C’est drôle car au début, le T-shirt n’a pas très bien marché, pourtant j’étais persuadée que ça allait fonctionner ! D’un coup, les gens se sont réveillés et ça a super bien fonctionné. La preuve c’est qu’on en vend encore aujourd’hui alors qu’on l’a lancé à l’été 2014 !

Ça a donc été une grande impulsion pour toi ?
Oui ! Et ensuite il y a eu la collaboration avec Veja : deuxième grande aventure du « bisou » ! Là encore, ce sont eux qui sont venus vers moi. J’ai seulement démarché Poudre Organic parce que je voulais développer des créations pour les enfants et à l’époque, je ne travaillais pas avec une usine de confection. Poudre Organic me plaisait parce que c’est une marque française dont les créations sont fabriquées au Portugal. Pour la marque, j’ai dessiné une veste en jean avec un « bisou » brodé en doré, un petit legging et un T-shirt. Mais depuis février, je vole de mes propres ailes puisque nous avons lancé une collection de vêtements pour enfants où je reprends le « bisou ».
 
Où les vêtements de ta collection sont-ils produits ?
Dans une petite usine du Portugal, à côté de Porto, à taille humaine où une vingtaine de personnes y travaillent et sont spécialisées dans la maille et le jersey pour des vêtements enfants. C’est l’usine avec laquelle j’ai travaillé pour la marque Petit Gang, une marque née du désir que j’avais de faire des vêtements pour enfants mais que je voulais différente de la marque Mathilde Cabanas. Pour Petit Gang je me suis associée avec deux autres filles en 2016, mais nous avons arrêté parce que c’était trop dur de faire des petites quantités, au Portugal. C’était trop cher à la vente. Pour Mathilde Cabanas, comme nous ne sommes pas une marque de prêt-à-porter, ce sont des créations que l’on va reconduire saison après saison, comme des classiques.

N’as-tu pas peur de te lasser du « bisou » en le déclinant sur différents supports et créations ?
Si, c’est vraiment quelque chose pour laquelle je me questionne beaucoup. Parce que je n’ai pas envie d’être enfermée dans une boite. Je veux montrer que je sais faire autre chose, comme les livres et les affiches qui marchent bien, mais le « bisou » plaît depuis 2013 ! On me démarche beaucoup pour faire des collaborations avec lui mais je veux le décliner seulement quand ça a du sens : comme avec le rouge à lèvres Birchbox, ou sur un paillasson parce que c’est un mot rigolo… Il faut que la création ait du sens et que le « bisou » puisse se renouveler : le mettre juste en rouge, tout seul ou sur fond blanc… En septembre on sortira une collaboration avec Aigle pour des bottes « bisou ». Et je pense que ça va marcher ! A partir du moment où il se renouvelle, que je le redécouvre sur d’autres supports, et que la collaboration a du sens, je continue.

Mais quel avenir envisages-tu pour ce motif ?
Je l’aime trop pour l’épuiser. Je pense qu’il y a plein de gens qui en sont lassés mais quand je vois ce qu’on a fait avec la collection « bisou kids », je n’ai pas l’impression que ce soit quelque chose qu’on ait déjà fait. C’est difficile de faire des choix mais il a une vraie force de frappe ce bisou !

En quoi cette collection « bisou kid » est-elle différente de ce que tu as fait précédemment ?
Pour moi le « bisou » de la collection kid est complètement différent de celui de la collection Birchbox par exemple. Pour la collection Birchbox on a essayé de faire quelque chose en rapport avec la beauté tandis qu’avec le kid, on a créé un vrai univers grâce aux photos de la collection, on a aussi voulu qu’il soit mixte et qu’il aille à un bébé comme à une petite fille de 10 ans.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Qu’est-ce que t’apportent ces collaborations ?
La visibilité déjà. Mais si on me propose une gamme de papeterie ou des vêtements, je refuse car je sais déjà le faire. Pour les bottes en caoutchouc avec Aigle, jamais je n’aurais pu trouver une usine, connaitre les tailles de chaussures… Pour Birchbox c’est la même chose : je rêvais de faire un rouge à lèvres « bisou » parce que cela avait du sens, et avec cette collaboration, j’ai pu avoir accès au savoir-faire Birchbox et à leur usine. Et les marques qui me sollicitent ont envie de s’associer à une petite marque indépendante qui leur apporte un peu de fraîcheur et de « fun ».

Est-ce que ces collaborations te permettent aussi d’asseoir ta légitimité et de te sentir reconnue ou tu n’y penses pas ?
Je n’y pense pas. Je pense vraiment au produit, c’est tout ce qui m’intéresse. Parce que je suis une créative. Mais derrière moi, j’ai heureusement mon associée qui va penser au business et tout ça ! Et en général on est complétement sur la même longueur d’ondes.

Vous êtes associées depuis le début ?
Alex est arrivée à l’été 2016, elle est à Paris et moi à Nantes. Je vais une fois par mois à Paris généralement, pour les gros rendez-vous, les soirées, les shootings. Alex s’occupe de la communication, des partenariats, du marketing. Nous ne sommes que toutes les deux, avec une stagiaire, même si on a aussi beaucoup de gens derrière nous : un comptable, un logisticien qui fait tous les envois… Ce n’est pas facile tous les jours mais on préfère être seulement deux, en fusion. J’ai envie d’une croissance naturelle pour la marque.

Comment trouves-tu encore le temps de créer ?
C’est dur parce que c’est ce que j’aime faire or au quotidien, je suis plus dans l’exécutif : les rendez-vous, les réponses aux mails, l’organisation avec le logisticien… Toutes ces choses pas glam’ du tout mais qui font tourner l’entreprise ! En 2019, on ne va sortir que des collaborations avec le « bisou » mais en 2020 on va avoir des collaborations sur autre chose, et actuellement je travaille dessus donc c’est stimulant. Je sors un peu de ma zone de confort. 

Cela ne t’angoisse pas trop justement, de sortir de ta zone de confort ?
Non je suis contente, ça me fait plaisir ! Déjà je suis contente que la marque avec qui l’on travaille pour la collaboration de l’année prochaine me fasse confiance, et me veuille pour autre chose que le « bisou ». J’ai envie que les gens aiment aussi les autres choses que je fais, alors je teste : l’été dernier on a sorti une collection sur l’Espagne, on a aussi fait une collaboration avec Modetrotter sur le thème de Los Angeles…

Et ces créations ont-elles aussi bien marché que celles que tu fais avec le « bisou » ?
La collaboration avec Modetrotter a bien marché. Pour la collection sur l’Espagne, le T-shirt « Pan con tomate » a bien fonctionné, mais on avait aussi fait un short et un débardeur et je pense qu’il faut que l’on reste avec des propositions sur le T-shirt. Peut-être aussi que les mots espagnols de la collection n’ont pas parlé à tout le monde… Mais c’est bien de tâtonner.

A l’heure actuelle te sens-tu plus cheffe d’entreprise ou créatrice ?
Cheffe d’entreprise. J’adore la création mais ce n’est pas ce que je fais au quotidien. J’adore gérer mon entreprise mais je ne me suis jamais dit « je vais être entrepreneure». Je ne pensais pas du tout pouvoir faire ça alors je me sens forte de savoir que je peux gérer une entreprise, c’est très gratifiant.

Comment expliques-tu le succès de ta marque et tes plus de 26 600 abonnés sur Instagram ?
Comparativement à d’autres marques, ce n’est rien ! Mais notre engagement sur Instagram est très sincère : on fait très rarement des concours, ce sont de vrais followers. Je pense que les gens aiment bien notre univers frais, qui rappelle l’enfance. Je crée pour les enfants et les grands enfants. On ne se prend pas au sérieux, comme sur nos stories Instagram où l’on essaie d’être légères, de rigoler, d’avoir toujours un esprit frais et fun.

En quoi cette image de marque te ressemble ?
Je pense être encore un peu une grande enfant ! J’adore que l’univers kids et celui de la femme soit un peu mélangés, que les créations pour enfants ne soient pas genrées. Chez moi c’est comme ça : j’adore les couleurs. Je trouve que l’univers de l’enfance est naïf et cela me ressemble, mon trait est ainsi. Je pense que cela plaît parce qu’aujourd’hui, on a besoin de légèreté dans le quotidien.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Penses-tu être prise au sérieux malgré le fait que tu travailles un univers léger ?
Oui et je pense que je suis prise au sérieux parce qu’on m’a fait confiance. Je gère une entreprise et je ne vois pas pourquoi je ne serai pas prise au sérieux parce que je dessine des cœurs et des jouets !

Quelles sont tes ambitions pour ta marque ?
J’ai envie qu’on s’installe et je trouve qu’il y a une place en France pour ce que l’on fait. Mais le problème est que l’on a envie de nous mettre dans des cases, on me demande en permanence « mais en fait, vous faites quoi ? ». Les gens ont envie que je sois, soit une marque de vêtements, soit une marque de papeterie. Il faudrait que je me définisse en un mot sauf que je ne suis pas d’accord avec ça. Je pense qu’il y a de la place aujourd’hui pour une marque de cadeaux et de goodies lifestyle qui fasse un petit peu de tout. Et je pense que cela peut fonctionner car en France, il y a plein de petits concepts stores qui vendent diverses petites choses. L’important est que l’univers soit cohérent. Après, peu importe que je fasse une banane, un livre ou un rouge à lèvres, l’important c’est que l’ensemble ait du sens. J’aimerais m’imposer comme une marque lifestyle.
 
Tu veux donc garder cette proposition multiple, ces différents univers regroupés sous ton nom ?
Oui car c’est une marque d’illustratrice, donc je veux aussi poser mes illustrations sur différents supports et objets.

Quel univers ou objet préfères-tu travailler ?
J’aime bien les affiches parce que cela me permet de faire autre chose. Pour La Maison des Parents à Nantes, un lieu qui permet aux parents des enfants hospitalisés de séjourner, l’équipe d’architectes Les rapporteuses a fait appel à des artistes pour réaliser des illustrations dans les chambres. J’ai fait un papier peint pour le projet et cela m’a beaucoup plu.

Qu’est-ce qui t’inspire ?
J’adore aller au musée même si je n’ai plus trop le temps. Le Musée d’Arts de Nantes est génial, vraiment très beau. Je ne vais pas être inspirée par une œuvre en particulier mais changer de contexte et être dans un tel environnement m’inspire. Les voyages m’inspirent aussi. Et j’adore les couleurs, leurs mélanges. Je m’inspire également de petites phrases. Au début mon travail était ça : associer une petite icône avec un petit mot et trouver la symbiose entre les deux. Un artiste que j’adore et qui a été mon idole pendant mes études est Arnaud Labelle-Rojoux qui fait toujours un lien, même grotesque, entre un visuel et un texte.

Ce lien entre le texte et le visuel est quelque chose que tu veux continuer à travailler?
Oui car Alex mon associée est rédactrice donc on a ça en commun. Elle écrit et moi je dessine. Elle va faire des phrases rigolotes ou tout un texte et je fais l’illustration. Aujourd’hui quand on sort un produit, je le crée et Alex raconte toute l’histoire autour. Je pense que c’est une grande force, que je veux garder. Sur les fiches produits de notre site par exemple, il y a toujours une touche d’humour. Pour l’instant on préfère s’amuser et que les gens sourient quand ils lisent la description du produit plutôt que de penser au référencement et aux mots-clés.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

 
Sur ton site et ton Instagram, tu te mets en scène ainsi que tes enfants. En quoi est-ce important d’incarner ta marque et de te montrer ?
Déjà parce que j’ai mes enfants à portée de main ! Et cela nous fait des souvenirs aussi, car les photos sont chouettes. Je pense qu’aujourd’hui c’est un plus, un point fort. Cela ne me dérange pas du tout que mes enfants soient sur Internet même si je comprends ceux qui disent que ce n’est pas leur choix et peut-être qu’ils m’en voudront plus tard et me feront des procès ! Mais je me dis que ça leur fait des souvenirs… En tout cas c’est très important de personnifier la marque et je me fais un peu violence pour ça. Les gens ont besoin de mettre un visage derrière une marque. En tant que cliente, quand je suis quelqu’un sur Instagram, j’adore voir ce qu’elle a acheté, sa routine beauté, là où elle part en vacances. Je pense que c’est un tout. Les gens savent que je suis maman et la plupart des femmes qui me suivent sont mamans aussi : elles trouvent ça chouette, je pense. Mais c’est dur aussi de poser la limite entre le trop personnel et le pas assez.   

Comment gère-t-on 26 600 personnes au quotidien sur Instagram ?
Ce n’est pas très compliqué finalement. C’est Alex et moi qui gérons le compte Instagram et on n’a pas de stratégie, on est en roue libre, c’est naturel. Parfois on a plus de choses à dire que d’autres. Par exemple pour Maison & Objet on a travaillé avec une agence qui nous a aidées à faire la scénographie de notre stand, ça a été un vrai parti-pris de monter un stand qui ne ressemblait à aucun autre sur le salon, avec un univers inspiré du fast food.

Est-ce que ce parti-pris a été bénéfique ?
Oui je pense, notamment avec le Bon Marché qui a voulu avoir le même esprit pour le corner dans son magasin. Après c’est sûr que je me coupe d’une certaine partie des clients parce qu’ils ne vont pas comprendre ce qu’on fait et ce qu’on vend mais pour nous c’est aussi un moment fort de communication, envers les journalistes, les grands magasins. On est présents dans l’esprit des gens en faisant ça alors que si on avait un stand un peu plus sobre, on passerait inaperçues.

La communication est une grosse partie de ton travail finalement ?
C’est 50% du travail. Au quotidien, il y a d’abord le produit et ensuite on réfléchit à la façon de communiquer dessus. Par exemple pour le paillasson « bisou », Alex a trouvé l’idée de faire des stories sur Instagram « balance ton paillasson » où l’on allait chercher les paillassons moches dans les immeubles pour dire « ce n’est plus possible » ! On adapte notre façon de communiquer en fonction de notre produit.

Quelles sont tes difficultés au quotidien ?
Là c’était un vrai challenge de créer une collection entière pour enfants, allant du 3 mois au 8 ans. Et cela a été une énorme dépense pour que la collection sorte.

Tu as conçu cette collection sans être aidée par des stylistes ou des modélistes ?  
Non car j’ai deux grands enfants donc je sais exactement comment je veux que soient les habits : conforts, cool, avec un petit côté vintage pour les sweats, que l’encolure laisse passer la tête facilement. Le fait d’avoir des enfants et d’avoir eu la marque Petit Gang avant, m’a permis de cibler exactement ce que je veux.

Combien de temps as-tu travaillé sur la collection avant qu’elle ne sorte ?
A peu près un an. Entre la réception des produits, des prototypes, des teintes, des tissus, etc. D’autant plus qu’encore une fois, on essaie de laisser des petits clins d’œil que les gens ne vont pas voir du premier coup, comme des petits textes rigolos sur les étiquettes. On dessine notre univers jusqu’au bout.

Comment comptes-tu faire évoluer cette première collection ?
On va voir ce que ça donne même si on a déjà eu un super départ : le site a planté le jour du lancement parce qu’il y avait trop de monde ! Donc c’est bon signe. Je suis en train de développer des langes « bisou » parce que je trouve que ce serait un super cadeau de naissance. Et je réfléchis à une mini ligne de linge de maison avec une housse de couette et taies d’oreillers. Là encore, je ne me lasse pas du « bisou » parce que sur ces supports il aura un autre rendu, un autre style.

Qu’aimes-tu le plus dans ton activité ? 
C’est ma passion et mon job mais parfois je fais des choses qui ne sont pas passionnantes du tout, comme la comptabilité par exemple ! Ce que j’aime le plus c’est de penser au produit et le recevoir ensuite, en prototype ou en produit fini. C’est hyper émouvant de dessiner le produit et de l’avoir en vrai par la suite. 

Que ressens-tu à ce moment-là ?
Je suis hyper fière ! J’ai envie de le montrer à tout le monde. Je suis très contente et je le dis ! Que mes enfants puissent porter ce que j’ai imaginé, pour moi c’est formidable, la boucle est bouclée !

© Rémy Lidereau pour Etonnantes


Ta marque est-elle arrivée aujourd’hui où tu voulais la mener ?
Non je veux continuer, aller jusque dans l’espace ! Je veux installer la marque, être présente à l’étranger, continuer à proposer des produits du quotidien pour tout le monde. Je veux être là où l’on ne m’attend pas. Et j’aimerais beaucoup embaucher aussi.

Embaucher pour t’aider à faire quoi ?
Pour toute la partie boutique : avoir un responsable wholesale. Et quelqu’un qui puisse s’occuper du digital, qui s’occupe du référencement parce que je pense qu’il y a beaucoup de travail à faire à ce niveau-là. On a l’impression d’être bien mais en fait, personne ne nous connaît. J’ai envie que tout le monde ait un petit article de chez nous ! Je pense qu’on a suffisamment de produits pour toucher tout le monde.

Que ressens-tu quand tu vois tes créations portées ?
Je suis très fière et contente ! Et je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas que le « bisou » qui fonctionnait. De voir que les gens achetaient mes produits pour les offrir à Noël, j’étais la plus heureuse ! Même si je participe à la société de consommation…

Justement, cela ne te pose pas de problème ?
J’essaie de faire attention au suremballage mais je ne suis pas une marque qui se revendique green parce que c’est s’enfermer dans une case et c’est impossible après de faire marche arrière. J’ai trop envie de faire tous les produits pour être forcément green. Je fais très attention au suremballage, au plastique, je ne veux pas faire de produits jetables comme les coques d’Iphone. C’est un effort qu’on doit tous faire, pour moi c’est le sujet le plus actuel même si je comprends que ce soit trop restrictif de faire une marque eco-responsable car c’est cher et cela implique de se priver de créer de nombreuses choses. Mais déjà de faire attention aux déchets et aux matières que l’on utilise, c’est important.

Tu n’as pas peur que tout cela s’arrête ?
Il y a beaucoup de moments où je doute. La veille de lancer la collection pour enfants, j’avais peur que ça ne fonctionne pas. J’ai des angoisses mais en même temps les moments de joie prennent le dessus, heureusement.

Retrouvez les créations de Mathilde Cabanas
sur son site internet : mathildecabanas.com
et son compte Instagram : @mathildecabanas

Publié par :Solenn Cosotti

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