Photographies : Rémy Lidereau pour Etonnantes
Retrouvez les adresses de Charlotte, ici : Les adresses de Charlotte – Maison Roussot

Quelle est l’histoire de Maison Roussot ?
Maison Roussot a démarré il y a environ trois ans et le site Internet aura deux ans en novembre prochain. Je travaillais dans la décoration depuis dix ans et cela faisait un moment que je réfléchissais à monter quelque chose. J’ai été styliste puis acheteuse et cheffe de produit, j’ai donc vu les différents métiers qui existent autour de la décoration : le produit, la création, la réalisation, la fabrication, la négociation du prix ou la mise en vente. Ayant ça en poche, je me suis dit que j’aimerais faire mes propres produits. C’est ainsi qu’a commencé ma réflexion sur Maison Roussot. Pour le nom, j’ai voulu rendre hommage à mon grand-père qui avait une société qui s’appelait déjà Maison Roussot et pour laquelle il faisait de la serrurerie et de la ferronnerie d’art à Paris. Comme on était très proches lui et moi et qu’il m’a transmis beaucoup de choses sur la création ou son goût pour l’architecture et les lieux culturels à Paris, j’avais envie de lui rendre hommage.

Tu es originaire de Paris ?
Je suis née à Paris mais mes parents ont très vite déménagé à côté de Troyes pour qu’on grandisse à la campagne. Je suis allée à Paris après mon bac pour suivre mes études d’arts appliqués. Je suis ensuite entrée dans une école en communication visuelle et une école en design textile où je me suis spécialisée en décoration. A la fin de mes études j’ai intégré une grande Maison d’arts de la table.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Pourquoi as-tu choisi la décoration ?
Car dès que je vois du bois, de la pierre, de la terre, cela me parle. 

Comment penses-tu l’offre de Maison Roussot ? Elle y est très riche entre les luminaires, les textiles, les arts de la table…
Les créations exclusives Maison Roussot sont le bol et les assiettes alsaciennes. Pour le reste de l’offre, je vais sélectionner des produits chez des fournisseurs aux Pays-Bas car c’étaient des fournisseurs que je connaissais de mes anciens emplois, avec qui j’avais de bonnes relations et dont je trouve les collections intéressantes. En revanche j’aime développer mes produits, mes propres designs donc le but est vraiment de développer d’autres produits propres à Maison Roussot.

Ton ambition est alors de proposer à l’avenir uniquement des créations Maison Roussot ?
Oui j’aimerais bien mais cela va se faire petit à petit, en se faisant connaître déjà, et ensuite j’espère que les volumes des nouveaux produits suivront ceux des bols.

Ta communication est d’ailleurs plutôt axée sur les bols Maison Roussot personnalisables.
Oui c’est vraiment le produit phare qui est mis en avant. La personnalisation fonctionne très bien, je vois qu’il y a une vraie demande de cadeaux personnalisés qui offrent une touche unique grâce à laquelle on s’attache au produit. Et le bol rappelle notre enfance donc il y a un côté affectif que le client adore.

N’est-ce pas risqué de réinventer cette institution qu’est le bol breton ?
Il y a évidemment les puristes qui continueront à acheter les bols traditionnels ! Mais ce que je propose, hormis la personnalisation, ce sont aussi des dessins exclusifs à Maison Roussot peints à l’intérieur du bol et qui changent du traditionnel couple de petits bretons.

Comment penses-tu les dessins que tu mets au fond des bols justement ?
Pour les premiers bols j’avais pensé à la fratrie avec des dessins d’animaux plutôt destinés aux enfants. Mais quand j’ai vu que ça plaisait à tout le monde, j’ai développé des dessins pouvant être accessibles à tous : des fleurs, un rouge-gorge, des illustrations mixtes qui parlent autant à un adulte qu’à un enfant.

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
© Rémy Lidereau pour Etonnantes
© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Qu’est-ce que tes expériences professionnelles précédentes vécues au sein de grandes Maisons de décoration t’apportent au quotidien dans la gestion de Maison Roussot ?
Cela m’a apporté la méthode déjà, car je sais exactement par où il faut commencer pour développer un produit ce qui me permet d’aller plus vite : d’abord le design, la recherche de fabricants, ensuite chez le fabricant on fait des échantillons, il faut être capable de dire si ça va ou pas. On avance et il faut que ça aille vite ! Alors que se lancer sans n’avoir jamais fait de développement produit, cela peut être plus long pour savoir comment s’y prendre, qui contacter, quelle matière choisir pour avoir un certain rendu… Avoir déjà un œil sur le produit m’a vraiment aidée, que ce soit le bois ou la faïence j’ai été habituée à juger un produit.

Comment juges-tu qu’un prototype est viable et qu’il correspond à tes attentes ?
C’est surtout au visuel et au ressenti. Je vois si le produit est abouti ou ne l’est pas car j’ai une idée très précise de ce que je veux.

Pour les bols notamment, as-tu eu beaucoup d’allers-retours avec la faïencerie au moment de réaliser les prototypes ?
C’est une faïencerie familiale qui a une vraie technique que l’on ne retrouve pas ailleurs et j’ai été agréablement surprise dès les premiers échantillons. Maintenant comme on a l’habitude de travailler ensemble, ça va vite : les prototypes sont tout de suite comme il faut, les touches de couleurs sont toutes faites au pinceau à la main, j’admire les femmes qui peignent, elles sont hyper fortes ! A chaque fois que j’envoie un dessin, elles sortent le produit vraiment comme je l’imaginais. Je savais que je voulais cette faïencerie et cette technique qui me plaisaient.

« Plus on se bouge, plus on rencontre du monde et plus on attire de bonnes ondes »

Charlotte Engrand, fondatrice de Maison Roussot


Ils ont accepté tout de suite de collaborer avec toi  alors que ton site n’était pas encore lancé ?
Oui ils m’ont fait confiance. Ils ont fait un pari même si au fond ils ne prenaient pas trop de risques car au pire, je leur commandais quelques bols et ensuite j’arrêtais.

Pourquoi avais-tu ce désir de monter ton entreprise ?
Parce que la création me manquait dans mon métier d’acheteuse. J’avais beaucoup de déplacements en Chine pour faire du développement de produit, même si j’aimais bien aller dans les usines en Chine car je trouve qu’ils ont un savoir-faire incroyable pour la céramique. Mais le côté création et fabrication locale me manquaient, j’avais envie de faire plus de création.

Ce manque est aujourd’hui comblé avec Maison Roussot ?
Oui d’autant plus que lorsqu’on monte son entreprise, on touche à mille choses en même temps, c’est passionnant ! Bien plus que d’être à un poste bien délimité dans une entreprise… 

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Tu n’étais pas inquiète d’avoir toutes ces compétences à acquérir pour monter ton entreprise ?
Non car je me suis entourée, je n’ai pas monté Maison Roussot toute seule : il y a un développeur qui a fait le site, une agence qui m’a aidée pour faire l’identité visuelle, il y a Alix de Studio Hortie qui m’a beaucoup aidée, ainsi que Pauline Darexy la photographe du site… Je ne fais pas tout, toute seule ! Plus on se bouge, plus on rencontre du monde et plus ça attire de bonnes ondes !

Quelles difficultés as-tu rencontrées quand tu montais ton projet ?
J’avais passé une sorte d’entretien pour avoir une subvention de Nantes Initiative, devant un jury de 19 personnes, des avocats, des banquiers… Avec des questions pièges sur le financement, le web, des trucs techniques du site internet et ils ne m’ont pas du tout acceptée !  Je me suis alors posée plein de questions en me disant qu’il fallait que je retravaille le projet. Pour eux, il y avait tellement de concurrence en décoration qu’ils ne croyaient pas en mon projet. Mais n’ayant pas pu avoir les 6000 euros de cette subvention, j’ai acheté moins de stock pour me lancer et je me suis dit qu’il ne fallait pas s’arrêter à la première épreuve.

Tu rencontres toujours des difficultés au quotidien ?
Oui bien sûr, avec les fournisseurs, la copie, les contrats d’exclusivités. Des grandes marques voient sur Internet des petits créateurs qui fonctionnent et ensuite ils font leur propre développement en interne en copiant ce que font les créateurs…
Et l’autre difficulté c’est de tout gérer toute seule. Pour la comptabilité mon mari prend le relai et j’ai un expert comptable mais je vais aussi engager quelqu’un en freelance pour m’aider pour les expéditions parce que c’est un travail énorme. C’est moi qui expédie les bols, la décoration part de chez un logisticien et les grosses commandes de bols partent directement de la faïencerie, mais je dois expédier les commandes des particuliers passées depuis mon site et c’est déjà pas mal ! 

Comment sélectionnes-tu les produits que tu vends ?
Je mets en valeur la fabrication artisanale donc ce sont des objets qui ont une patte, un caractère fort. Je veux aussi donner une cohérence à l’univers Maison Roussot, je choisis alors des objets que j’aime car cela me semble important que je ressente un coup de cœur pour les objets que je choisis.

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
© Rémy Lidereau pour Etonnantes


Y-a-t’il un style Maison Roussot ?
L’idée est vraiment de mélanger les matières, les couleurs, de jouer les contrastes.

Et quelles sont tes préférences personnelles ?
Les arts de la table : la faïence, le grès, la porcelaine et aussi le bois. Mais vraiment la terre, j’ai commencé avec ça et j’adore.

Tu n’as jamais eu envie de prendre des cours de céramique ?
Si j’en ai déjà fait mais pour faire tourner mon entreprise, je ne pouvais pas faire les créations moi-même. Là j’ai des gros volumes donc il faut que ce soit fait dans un environnement adéquat. Plus tard j’aimerais bien avoir un four et faire des pièces plus artistiques, uniques.

Comment fais-tu pour te démarquer et te faire connaître dans le milieu de la décoration où les offres sont quand même très riches ?
Je pense qu’il est important de mettre en avant un produit phare pour se faire connaître : on a tout de suite l’image de la marque. J’ai été référencée aussi pendant un an sur le site de La Redoute ce qui m’a permis de me faire connaître. Les réseaux sociaux sont également importants.

A quoi ressemble ton quotidien ?
Je fais tout en même temps ! Là j’ai des factures à traiter, des commandes, des fichiers à envoyer pour des développements de nouveaux produits, j’ai ma comptabilité à faire…

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
Modèle réalisé en exclusivité pour le concept-store MERCI © Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Aujourd’hui es-tu satisfaite de ton activité ?
Je viens de clôturer ma première année donc c’est tout frais mais pour l’instant la croissance est bonne. Le chiffre augmente, il y a de plus en plus de commandes, les boutiques continuent à renouveler leurs stocks.
Ce qui marche bien aussi pour se faire connaître ce sont les collaborations, comme celles que j’ai faites avec la marque de bijoux L’Atelier Plume ou la libraire Coiffard de Nantes, pour qui j’ai fait des bols exclusifs à l’occasion de ses 100 ans. J’ai aussi fait des collaborations avec Le Bon Marché et un bol exclusif pour Merci.
J’ai également un partenariat avec Sézane, pour qui j’ai fait des bols en vente dans les boutiques de la marque. J’avais rencontré Morgane Sézalory, la fondatrice de Sézane, à un moment où je ne me sentais pas bien à Nantes. Car quand on est arrivés à Nantes il y a huit ans, on n’avait pas encore d’enfants, mon mari était tout le temps à Paris pour son travail, on ne connaissait personne sur place. J’avais démissionné de mon poste chez Monoprix pour le suivre et j’avais heureusement été embauchée directement chez Maisons du Monde. Mais je ne me sentais pas bien à Nantes, je voulais rentrer à Paris et j’avais passé un entretien à l’époque où Morgane voulait développer l’art de vivre Sézane. Cela ne s’était pas fait mais on avait eu un bon contact. Donc quand j’ai lancé Maison Roussot, elle m’a commandé des bols et je lui ai proposé par la suite une petite collaboration pour Sézane et elle a accepté ! 

Et avec le temps, as-tu réussi à te sentir bien à Nantes ?
Oui ! Déjà en réussissant à trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, parce que dans mon ancien travail je partais un mois et demi dans l’année en Chine par périodes de dix jours. Et j’avais l’impression qu’à Nantes je ne pourrais pas m’épanouir en création et en produits comme je l’étais à Paris quand je travaillais aux Galeries Lafayette où j’avais l’impression d’être là où il fallait être. Mais c’étaient des mauvaises idées parce que quand on crée et qu’on se bouge on est bien partout finalement. J’adorais passer mon temps dans les rues de Paris, dans les musées de Paris et je ne retrouvais pas ces émotions à Nantes.

Aujourd’hui ton regard sur la ville a changé ?
Oui complètement. Grâce aussi au fait d’être entrée dans un réseau de créatrices, de rencontrer d’autres filles qui sont passées par là elles aussi, qui sont arrivées de Paris, ont monté leurs boîtes et sont malgré tout dans l’air du temps. Cela fait du bien de partager nos difficultés parce qu’on a toutes les mêmes finalement. Il faut vraiment se bouger pour découvrir tout ça sinon c’est facile de dire que c’est nul et qu’on n’est pas bien.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Quelles sont tes ambitions pour Maison Roussot ?
Actuellement je travaille déjà pour Noël pour sortir trois nouveaux produits personnalisables car je vois que la personnalisation est quelque chose de très fort, une proposition que je veux vraiment développer. Et l’autre objectif est d’accueillir la personne qui va m’aider et la former pour qu’elle soit autonome pour les expéditions.   

Tu es confiante pour l’avenir ?
Oui je suis confiante et je vais tout faire pour que ça continue à bien marcher, j’aimerais notamment faire Maison & Objet en 2020. J’espère que mes nouveaux produits seront beaux !

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Retrouvez Maison Roussot sur le site Internet : maisonroussot.com
& le compte Instagram @maisonroussot

Publié par :Solenn Cosotti

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