Photographies : Rémy Lidereau pour Étonnantes

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Se rendre chez Anne c’est prendre le temps d’apprécier les reflets de la Loire qui serpente jusqu’à Couëron, cette petite ville à quelques kilomètres de Nantes où elle vit et travaille et à qui elle a emprunté le tréma qui habille ses savons Crü. Se rendre chez Anne, la voir travailler, l’écouter parler, c’est accepter d’entendre des propos qui font réfléchir sur ce que l’on fait et ce que l’on veut pour soi et les siens. Rencontrer Anne c’est rencontrer une femme sereine qui a su quitter un milieu professionnel avec qui elle entrait en désaccord, qui a su créer sa nouvelle activité, en restant vraie, sans artifice, à l’image de ses créations. Découvrir Anne c’est découvrir une femme heureuse, prouvant s’il était encore nécessaire de le démontrer, que le bonheur reste le plus efficace des cosmétiques. Interview.

© Rémy Lidereau pour Étonnantes

Tu utilises la méthode de saponification à froid pour créer tes savons, qu’est-ce que cela signifie ?
C’est un procédé artisanal d’une part et ancestral d’autre part. C’est vraiment l’ancêtre du savon avant l’industrialisation et l’avènement de l’huile de palme qui a révolutionné la savonnerie. Les matières premières ne sont pas cuites ainsi on en préserve toutes les vertus. Pour faire un savon on peut utiliser des graisses animales, des graisses végétales, moi je n’utilise que des graisses végétales bios et parmi ces graisses végétales, j’ai fait une sélection en décidant par exemple de ne pas utiliser d’huile de palme. Mais ce sont des convictions purement personnelles. J’utilise donc ces matières premières végétales que je ne cuis pas sauf le beurre de karité que je fais chauffer à basse température car il est sous forme solide, et ensuite je fais mon mélange pour faire du savon. Il faut alors du gras et un alcali, une base forte qui va vraiment lancer la réaction chimique. Une fois que l’on mélange les deux, cela se transforme en pâte à savon à laquelle s’ajoute ensuite de la glycérine, créée naturellement lors du processus de saponification.
C’est là que nous retrouvons les avantages de la saponification à froid : la glycérine végétale, issue du procédé de la saponification est une vraie valeur ajoutée pour la peau car c’est ce qui va reconstituer le film hydrolipidique. Parce que lorsque nous nous lavons, nous enlevons la saleté certes, mais nous enlevons aussi le film protecteur de la peau qui suivant les individus, va mettre en deux heures et huit heures à se reconstituer. C’est pendant ce temps-là que la peau subit toutes les agressions extérieures.  Et en plus de la glycérine permettant de protéger la peau, il y a un surgras, un pourcentage d’huile que l’on détermine et qui n’est pas transformé en savon, qui va apporter l’hydratation. On n’a donc pas du tout la sensation de tiraillement comme on peut l’avoir avec un savon industriel. Parce que les savons industriels, d’une part sont cuits pour que le processus de fabrication soit plus rapide, donc les matières premières perdent toutes leurs vertus, et ensuite la glycérine y est enlevée pour être revendue à l’industrie cosmétique car c’est une vraie valeur ajoutée. Les deux avantages de la saponification à froid sont donc vraiment ça : le surgras et la glycérine.

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© Rémy Lidereau pour Étonnantes
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C’est comme un travail de chimiste pour mettre au point cette formulation ?
Oui il y a tout un travail de formulation. J’ai utilisé ce procédé parce qu’il me plaisait par son côté vertueux : il est peu énergivore, on ne rejette rien de nocif dans l’environnement. Mais après oui, il faut formuler ! J’étais très attachée au fait d’avoir un produit 100% biodégradable donc j’ai fait des choix dans les formules. Par exemple mes produits ne sont pas parfumés parce que les parfums et les fragrances sont synthétiques donc non biodégradables. On peut parfumer naturellement avec des huiles essentielles mais comme ces huiles sont très volatiles, pour qu’elles tiennent dans un savon il faut en mettre énormément, des litres entiers, et je trouve cela aberrant de voir la quantité de plantes nécessaires pour obtenir des huiles essentielles donc je préfère m’en passer. Je fais des savons qui ne contiennent aucun parfum mais ont quand même des odeurs : ils sentent les huiles qui les composent et pour certains, j’ai mis de l’épice alimentaire comme de la cardamome qui donne quand même un petit parfum. Ils ont tous une odeur mais pas de parfum.

J’ai utilisé le procédé de saponification à froid parce qu’il me plaisait par son côté vertueux : il est peu énergivore, on ne rejette rien de nocif dans l’environnement.

Anne Rebion
© Rémy Lidereau pour Étonnantes
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Quand est née la savonnerie Crü ?
J’ai commencé la commercialisation en octobre 2018.

D’où est venue cette envie de créer tes savons ?
Avant je travaillais dans l’industrie pharmaceutique, je vendais des médicaments pour les chevaux, j’ai fait ça pendant plus de quinze ans. Mais je m’approchais de mes 40 ans, je faisais beaucoup de déplacements car les grosses cliniques équines n’étaient qu’en Normandie donc j’étais tout le temps partie. J’ai eu mes enfants et à un moment donné la question du sens s’est posée. Le laboratoire pour qui je travaillais s’est fait racheter par un géant français et on y a complètement perdu notre âme. A la fin je ne vendais plus du tout de solution thérapeutique, je vendais de la remise financière… donc je suis partie mais sans savoir du tout ce que j’allais faire ! En parallèle je faisais déjà pas mal de produits de beauté pour ma famille : du shampoing, du déodorant, des produits pour la maison. J’ai découvert complètement par hasard le procédé de saponification à froid et j’ai trouvé ça génial. C’est vraiment vertueux du début à la fin, de la conception à l’utilisation. J’ai commencé à en faire en achetant des livres expliquant la formulation : on suit une recette, tout simplement. Après je me suis énormément documentée sur les vertus des huiles et ensuite j’ai commencé à formuler et je me suis vraiment éclatée de faire plein de tests, à faire des formules en fonction des types de peaux. Puis j’ai découvert toute la réglementation liée à la cosmétique, qui n’est pas du tout adaptée à l’artisanat mais clairement faite par les industriels, pour les industriels ! Il y a énormément de normes : pour chaque formulation on doit rédiger un énorme dossier qu’on remet à un toxicologue qui engage sa responsabilité sur le fait qu’il n’y a pas de risques pour la santé humaine. Moi qui pensais avoir vraiment fait un 360 degrés dans l’industrie pharmaceutique, quand j’ai rédigé un dossier pour une formulation je me suis rendue compte que c’était hyper proche du procédé de mise sur le marché d’un médicament. Finalement mon ancienne carrière m’a servie pour cette nouvelle activité ! En formation par exemple j’étais avec des personnes comme moi en reconversion, qui pour le coup avaient du mal à comprendre le langage, les termes pharmaceutiques. J’ai mis trois mois à rédiger les dossiers de six savons ! Il faut détailler la composition avant et après saponification, puis prouver par A+B qu’il n’y aucun risque. On a 17 500 centimètres carrés de peau, le produit est exposé en moyenne deux minutes, on utilise deux grammes de savon, le temps d’exposition est de tant de minutes… C’est plein de calculs théoriques pour prouver qu’il n’y a pas de risques !

Qui sont les professionnels qui valident ces dossiers ? Des indépendants ?
Des toxicologues qui sont très peu nombreux sur le marché donc ils appliquent des tarifs importants évidemment. Et il faut avoir leur validation pour pouvoir commercialiser. C’est un petit business. Mais au moins je dors tranquille, si quelqu’un un jour a une réaction à cause de mes savons, on peut tout tracer, c’est validé, je suis protégée.

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Quelle formation as-tu suivie pour lancer ton entreprise ?
Faire un savon en soi n’est pas compliqué, j’ai fait une formation plus pour des histoires administratives mais il n’existe pas de CAP en savonnerie. Donc j’ai suivi une formation en savonnerie mais je n’ai pas appris énormément de choses, j’ai fait la mienne à Limoges,  une autre à Paris sur la réglementation. La première année de mon chômage, je n’étais pas sur ce projet de savonnerie mais j’étais plus partie sur un projet d’agriculture biologique. Disons que la première année après avoir quitté mon emploi je me suis occupée l’esprit, j’ai fait beaucoup de rencontres. Ensuite, entre le moment où j’ai eu l’idée de la savonnerie et le moment où j’ai démarré mon activité, il s’est passé un an pendant lequel j’ai enchainé les formations, j’ai fait des tests de savons. Rien que pour le laboratoire, il y a énormément de normes à respecter. Mon établissement doit par exemple être déclaré à l’Agence de Sécurité du Médicament. Après c’est rassurant pour le consommateur mais ce ne sont pas des choses auxquelles on pense avant de commencer. A un moment je me suis dit que ça allait être insurmontable.

Il y a un vrai engouement pour un retour au naturel, une prise de conscience de notre impact sur l’environnement, des déchets que l’on génère.

Anne Rebion



Justement quand on fait face à des obstacles pareils, comment ne pas se décourager ?
En formation j’ai rencontré des gens qui étaient plus avancés sur leur projet donc cela rassure et à Limoges, je les ai trouvé supers : dans le partage, hyper rassurants, encourageants. Depuis que ça a démarré, je suis très contente, je ne m’attendais pas du tout à ça ! En décembre j’ai fait « L’autre Marché à Nantes ». Je ne savais pas à quoi m’attendre et ça a très bien marché, c’est ce qui m’a permis de vraiment démarrer l’activité.

Comment expliques-tu ce succès immédiat ?
Je pense que ça répond à un besoin, il y a un vrai engouement pour un retour au naturel, une prise de conscience de notre impact sur l’environnement, des déchets que l’on génère. Suite à ce marché de décembre, je pense qu’il y a eu pas mal de responsables de boutiques qui sont venus sur le marché sans forcément se présenter et qui m’ont contactée en janvier pour vendre les savons. Tout s’est enchainé et depuis, je réponds aux demandes des boutiques. Je n’ai eu à démarcher qu’un seul magasin. Et j’ai aussi découvert Instagram ! Et c’est dingue car tous les contacts professionnels que j’ai c’est grâce à ça. Pour l’instant j’accepte toutes les demandes locales, de boutiques installées dans le département mais je refuse pour les boutiques d’ailleurs car je pense qu’il y a déjà de quoi faire en local. Mais pour l’instant je navigue un peu à vue, je n’ai pas de semaine type encore. J’ai constaté en revanche que les mois de janvier, février et mars ont été hyper calmes donc pour l’année prochaine il faut que je produise à ce moment-là de l’année pour refaire mon stock. Les savons peuvent rester sécher longtemps, car plus ils sèchent, meilleurs ils sont. Après avoir été faits, ils sèchent pendant quatre à six semaines : ils perdent de l’eau, je contrôle leur PH et ils sont alors prêts à la vente. Mais plus un savon sera sec, plus longtemps il durera.

Pourquoi ?
Parce qu’il se libère de son eau, il se densifie et devient plus dur à l’utilisation donc il fondera moins vite.

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Tu es donc actuellement dans une période de rodage de ton activité ?
Oui de découverte. Par exemple je me suis dit que je disais « oui » à tous les marchés et que je verrai ensuite l’année prochaine comment je m’organise, mais cela implique que je travaille quasiment tous les week-ends !

Quelles sont les différentes étapes de fabrication de tes savons ?
Au début je pèse toutes mes matières premières, les huiles, les beurres. J’utilise également de l’huile de tournesol, de l’huile d’olive : tout peut se manger ! J’utilise aussi de l’avoine, de la cardamome. Avec l’avoine par exemple, je fais un lait d’avoine que j’ajoute au savon car c’est très doux pour les peaux sensibles des enfants.

D’où proviennent les matières premières ?
J’ai un fournisseur en Mayenne qui fournit des matières premières bio car il faut tout un tas de documentations et il faut donc vraiment un fournisseur sérieux car pour chaque matière première, chaque lot, il faut une fiche technique, une fiche de sécurité, un bulletin d’analyse que je garde pour la traçabilité. Quand je produis mes recettes, je mets la date, le numéro de lot, la quantité que cela va faire, la recette, les quantités. Chaque matière première est reliée à un numéro de lot, lui-même relié à une facture, elle-même reliée à un bulletin d’analyses et à une fiche technique ! Donc si je me fais contrôler, je dois tout fournir. Et pour chaque lot que je produis, je dois garder un produit fini et un talon de savon pendant dix ans après la fin de la commercialisation. En cas de contrôle, je dois pouvoir fournir de quoi faire des analyses.

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Ces contraintes-là ne sont pas décourageantes ?
Il faut être organisée ! C’est en cela que les formations sont bien pensées, elles nous préparent à avoir une bonne organisation sur les procédures.

Comment se passe la découpe du savon ?
J’ai fait faire des moules sur-mesure, parce que j’avais déterminé la forme que je souhaitais pour mes savons en fonction des étiquettes que je voulais mettre autour. Je découpe le savon au bout de 24 heures tant qu’il est encore mou car s’il est trop sec je ne peux plus le découper sans le casser.

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Comment as-tu déterminé le poids que chaque savon devait faire ? Car il faut aussi faire attention à la rentabilité ?
Oui j’y ai passé un peu de temps, en essayant différentes choses. La plupart du temps ils font 100 grammes à l’emballage quand ils sont vendus sauf que pendant leur mois de cure, ils perdent environ 10% de leur poids. Il a donc fallu calculer un savon qui fasse 115 grammes à la découpe pour qu’il fasse 100 grammes ensuite. Au début je ne voulais pas mettre d’étiquette mais la réglementation impose plein de normes obligatoires… Mais j’aime bien finalement car j’ai découvert énormément de choses avec cette activité !
J’ai surtout été très bien entourée. J’ai beaucoup d’amis de longue date qui ont des compétences que je n’ai pas et qui m’ont énormément aidée sur le projet. On a fait beaucoup de choses en collectif. Ne serait-ce que pour le nom ou l’identité visuelle de la marque, j’avais fait un brainstorming avec tout le monde. J’ai fait travailler plein d’amis qui me connaissent donc c’est plus facile.  

Tu as souhaité développer ton activité au sein d’une Coopérative d’Activité et d’Emploi, une CAE. Qu’est-ce que cela signifie ?
La CAE est très peu connue, même l’administration ne la connaît pas. C’est un mode d’entreprendre qui est reconnu depuis très peu de temps : en fait, tu es salarié et entrepreneur à la fois. Tu fais partie d’une coopérative, par exemple à « L’Ouvre-Boites 44 » où je suis, nous sommes 250 entrepreneurs dans des domaines hyper-variés, mais on est salariés de notre activité. Nous sommes salariés de la coopérative mais c’est notre activité qui génère notre salaire. Je ne suis donc pas auto-entrepreneur, je suis « personne responsable » de la savonnerie mais salariée de la coopérative. Je verse une contribution pour que la CAE gère l’administratif, la comptabilité, la fiscalité, et après je suis autonome dans mon activité. Mais toutes les factures que j’établis par exemple sont au nom de ma CAE.

Tu n’as donc pas à gérer la comptabilité de ton entreprise ?
Non et en étant salariée, j’ai toujours les avantages de la sécurité sociale par exemple, c’est génial pour démarrer une activité et la tester. Au bout de trois ans, si l’activité fonctionne, je peux quitter la coopérative et créer mon entreprise ou rester dans la coopérative en devenant associée et ainsi entrer au conseil d’administration. Pour l’instant cela me plaît beaucoup car il y a une vraie émulation : je suis suivie par un conseiller, je ne suis pas toute seule et c’est ce qui me faisait peur d’être toute seule en me lançant.

Tu as quand même des comptes à rendre à cette CAE ?
C’est moi qui me fixe mes objectifs par rapport aux salaires que je veux me verser. Mais ils m’accompagnent dans la stratégie de vente à suivre, par exemple je sais le chiffre d’affaires que je dois rentrer tous les mois par rapport au salaire que je souhaite me verser. Et si demain je veux me verser moins ou plus, je suis libre de décider. C’est très enrichissant car au sein de la coopérative on rencontre beaucoup de personnes différentes qui travaillent ensemble et répondent ensemble à des appels d’offres.

Être au sein de cette coopérative t’a permis de te rassurer à ton lancement ?
Oui car je ne savais pas ce que j’allais faire. J’ai aussi fait une formation à la Chambre des Métiers pendant trois mois sur tous les statuts de l’entreprenariat. Je voulais faire un tour d’horizon car je ne savais pas quel statut choisir. Mais je suis hyper contente d’être à « L’ouvre-Boites » car chacun prend part à la vie de la coopérative et moi je suis parmi les plus vieilles, les autres ont tous la trentaine, ils ont la pêche, j’y trouve vraiment mon compte !

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C’est un changement radical de vie par rapport à ton ancien emploi !
Oui car avant j’étais tout le temps en déplacement, alors qu’aujourd’hui je peux descendre travailler en chausson au labo après avoir déposé les enfants à l’école le matin ! Avant je dormais à l’hôtel deux ou trois nuits par semaine, je faisais 500 km de voiture par jour…  

Depuis le lancement de la savonnerie en octobre 2018 tu parviens à te verser un salaire ?
Oui un demi salaire. Mais j’ai pu envisager la savonnerie parce qu’on a aussi ouvert un gîte à côté de notre maison, que l’on propose à la location. Donc le gîte couplé à la savonnerie me permet de vivre correctement. Mais tout le monde me disait que notamment dans l’artisanat il fallait attendre un an voire un an et demi pour pouvoir se dégager un salaire et là au bout de quatre mois j’ai pu commencer donc c’est bien !

Comment l’expliques-tu ?
Je pense que je suis arrivée au bon moment. C’était le moment opportun et j’étais prête aussi.

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Qu’est-ce qui te rend fière au quotidien ?
Fière c’est un bien grand mot mais en tout cas c’est gratifiant de mener son projet du début à la fin et de tout mesurer, les tenants et aboutissants, choisir et pouvoir dire non. J’ai par exemple dit non à une boutique parisienne parce que pour l’instant je veux m’asseoir localement et développer Crü ici, mais dans deux ans je serais peut-être contente de trouver cette boutique ! Mais dans l’idée c’est de pouvoir produire, aller livrer les magasins et avoir un contact avec les revendeurs. Le contact humain est primordial pour moi. Si je dis oui à toutes les boutiques qui sont loin je vais passer ma journée à faire des colis et cela ne m’intéresse pas du tout. Je n’ai pas fait ça pour ça !

C’est gratifiant de mener son projet du début à la fin et de tout mesurer, les tenants et aboutissants, choisir et pouvoir dire non.

Anne Rebion

Et tu as fait ça pour quoi alors justement ?
Dans une quête de sens déjà, pour faire une activité qui soit en adéquation avec mes valeurs, retrouver un équilibre au niveau de ma famille c’est-à-dire voir mes enfants matin et soir, prendre du temps avec eux, cuisiner, marcher sur les bords de Loire. Vivre tout simplement ! Et que l’activité professionnelle s’intègre bien dans ma vie, que ce ne soit pas deux choses opposées.

Aujourd’hui tu sens que ton activité professionnelle et ton mode de vie sont en harmonie ?
Oui mais je ne suis pas encore assez organisée et je pourrais me dégager un peu plus de temps libre si j’étais mieux organisée car dans l’idée c’était aussi de travailler moins. Alors aujourd’hui je travaille quand même tout le temps mais ça n’a rien à voir, car quand tu fais cinq heures de voiture par jour, la journée est quand même déjà bien entamée et après le soir comme tu roules, tu ne peux pas avancer sur ton travail donc tes journées sont interminables. Alors qu’aujourd’hui finalement mes journées sont courtes, je travaille pendant que les enfants sont à l’école. Et parfois un peu le soir quand elles sont couchées mais ce n’est rien du tout par rapport à ce que je faisais avant.

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Les savons que tu proposes aujourd’hui sont vraiment en adéquation avec tes valeurs écologiques ?
Oui, je voulais des produits bons pour la santé, utilisables par tous : les enfants, les femmes enceintes, les gens qui ont des allergies. Et que cela soit 100% biodégradables, que l’on puisse se laver avec en vacances dans une rivière et que cela ne crée aucun impact sur la faune aquatique.

C’est ce qui rend tes créations uniques ?
Non car il y en a d’autres, mais peut-être que le fait que ce ne soit pas parfumé… Car finalement il y a très peu de savons non parfumés, je ne sais pas pourquoi tout le monde parfume autant.

Créer des produits éco-responsables t’impose-t-il d’avoir une certaine rigueur dans ton mode de vie au quotidien ?
Oui mais je pense qu’on l’avait déjà. C’est plus la continuité en fait. Même mes filles sont très sensibles à ça. C’est venu petit à petit en grandissant, en murissant. Mon compagnon est comédien et depuis plusieurs années tous ses spectacles tournent autour de la problématique de l’eau et c’est drôle car nous sommes à une croisée où nos deux activités professionnelles sont en adéquation tandis qu’avant on était plutôt à l’opposé !

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Quelles sont tes ambitions pour Crü ?
Déjà de consolider ce qui est en train de se passer. De le développer un peu et ensuite d’avoir une vitesse de croisière. Il faudrait d’autres boutiques mais pas dans l’immédiat. Là j’ai dix-huit points de vente. Je ferai vraiment un point dans trois ans, c’est l’échéance que je me suis donnée. Mais je pense que c’est faisable d’en vivre confortablement en ayant un équilibre familial et professionnel.

Tu te sens optimiste pour l’avenir de ta savonnerie et pour les valeurs que tu défends ?
Oui je me sens optimiste quand je vois les jeunes générations. Après c’est toujours compliqué car les gens avec qui tu évolues sont souvent des gens qui te ressemblent mais la société où je travaillais avant par exemple était un lieu complètement différent où l’on était loin des considérations éco-responsables…

Aujourd’hui te sens-tu créatrice, entrepreneure ?
Je me sens centrée ! Je suis à ma place, je suis bien, j’ai les deux pieds sur terre, je ne fais pas semblant, je ne me déguise pas pour aller travailler.

© Rémy Lidereau pour Étonnantes

Retrouvez les savons d’Anne Rebion
Sur le site Internet de la savonnerie Crü : savonnerie-cru.fr
Et le compte Instagram : @savonnerie_cru

Publié par :Solenn Cosotti

2 commentaires sur &Idquo;Anne Rebion, fondatrice de la savonnerie Crü&rdquo

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