Photographies : Rémy Lidereau pour Étonnantes

Leur atelier affiche la couleur : des silhouettes joyeuses dansent aux côtés de céramiques en cours de séchage, des carnets côtoient des collages, un lumineux nuancier déploie ses aplats de « carmin », d’« outremer », d’« ocre rouge »… Bienvenue chez Mlle Jane Doe, un studio de création fondé par Marie et Ornella, deux amies devenues associées, deux amoureuses de la couleur et du dessin, deux créatives passionnées. Un duo « touche à tout » et perfectionniste, animé par un amour commun pour la création dans toute sa diversité.
Elles disent ne pas avoir l’habitude des interviews mais réussissent pourtant l’exercice difficile de se raconter l’une et l’autre, de dire leurs ambitions et leurs difficultés, leurs joies et leurs doutes. Rencontre avec deux femmes étonnantes qui prennent le temps de peser chacun de leurs mots et de faire les choses comme elles l’entendent.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Quel ont été vos parcours respectifs avant que vous ne décidiez de créer ensemble Mlle Jane Doe ?
Ornella : Je suis diplômée des Arts Décoratifs de Paris en design textile et j’ai rencontré Marie dans la crèche de nos enfants. J’étais à l’école lorsque j’ai eu ma première fille et j’ai passé mon diplôme quand elle était encore à la crèche. Marie a été la seule personne de la crèche à assister à mon diplôme de fin d’études !

Marie : J’ai un diplôme d’architecture intérieure de l’Institut Supérieur des Arts Appliqués de Rennes et j’ai ensuite travaillé chez Baccarat à Paris à la direction artistique. Je m’occupais alors de tout ce qui est design produit avant de travailler au « global retail » : je faisais les vitrines, le set retail pour les boutiques et les flagships de la marque. Entre Ornella et moi je peux dire que ce fut un coup de foudre créatif !

Ornella : En dernière année d’études aux Arts Décoratifs, je devais réaliser une collection entière de textile en tissage, maille, sérigraphie. Comme je venais d’avoir ma fille et qu’il fallait présenter un travail assez personnel, j’ai souhaité travailler sur le métissage car je suis moi-même très métissée et ma fille l’est encore plus. Je suis d’origine franco-égyptienne-ivoirienne et mon conjoint est espagnol-italien-kabyle et français. J’ai alors voulu faire écho à ce qu’il y a dans le textile – le lien, la filiation – pour faire une sorte de trousseau qui parle de ma fille et de ses origines, comme un ADN textile.
Après mon diplôme j’ai fait un stage au sein de la grosse agence de tendances Peclers et j’ai ensuite travaillé pour eux en tant que freelance. J’ai aimé le côté « touche à tout » que cela demandait : on prend les images qu’on aime, on les mélange… En parallèle avec Marie, nous avons appris à dessiner ensemble et à connaître nos univers respectifs. 

Marie : J’ai présenté mon univers à Ornella parce que j’avais découvert le sien lors de son diplôme mais elle ne connaissait pas encore le mien. Mon travail était alors très différent de ce que l’on fait maintenant, il y avait beaucoup de noir et blanc.

Ornella : À la base je ne dessine pas trop car je préfère les découpages, les collages et les aplats de couleur. Mais j’ai pris confiance en mon dessin depuis que j’ai rencontré Marie. J’ai des méthodes pour créer une collection, jouer avec les couleurs tandis que Marie a la méthode pour dessiner. On s’est chacune nourrie l’une de l’autre.
Au tout début de Mlle Jane Doe, nous étions trois car ma sœur Wendy, qui dessine énormément, travaillait aussi avec nous. Elle faisait à l’époque un diplôme de bottière et cela nous a vraiment nourries d’être toutes les trois mais Wendy a préféré nous quitter quand l’entreprise s’est développée car elle voulait toucher à d’autres choses. Il faut quand même avouer que nous nous sommes un peu éparpillées au début car on manquait vraiment de méthode ! Notre première collection de dessins était vraiment gigantesque, il y en avait partout ! Mais chaque année on apprend à être de plus en plus organisées tout en tâchant de garder notre côté intuitif.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Quand avez-vous pris la décision de créer la marque Mlle Jane Doe et de travailler ensemble toutes les deux ?
Ornella : On faisait des dessins en plus de nos métiers respectifs et on voulait les appliquer sur des supports. Au début c’était le textile qui nous intéressait mais on s’est dit que ce n’était pas facile de commencer par ça donc finalement nous avons démarré avec ce que nous avions chez nous : une imprimante, du papier, des crayons.
Quand on a souhaité se lancer en tant que marque, on a mis très longtemps à trouver quel produit on voulait faire et ce que nous voulions faire était souvent trop cher à exécuter. Sauf qu’en se disant cela, on baissait la qualité de nos produits donc on ne se lançait jamais. Alors un jour nous nous sommes dit : « peu importe le prix, on va faire les produits que l’on veut ! ». On a donc fait des carnets, entièrement à la main, imprimés par nos soins, les feuilles intérieures pliées une à une par nous-mêmes ! C’était la première création que l’on a commercialisée.  
À ce moment-là en 2016 je venais juste d’accoucher de ma deuxième fille donc on imprimait nos carnets à minuit avec ma fille en porte-bébé, elle était avec nous à tous nos rendez-vous professionnels ! Tout ça en faisant une centaine de carnets à la main…

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Pourquoi avez-vous quitté Paris pour Nantes ?
Marie : Avec les enfants cela devenait étouffant et compliqué. J’ai deux garçons, Ornella a deux filles et quand le CP approchait pour nos deux aînés, nous avons décidé d’aller chercher de meilleures conditions de vie. Moi je suis originaire de Nantes, j’ai grandi ici jusqu’au lycée et ensuite j’ai poursuivi mes études à Rennes.

Vous avez vous-mêmes pris en charge toute la partie administrative pour construire la marque ?
Marie : Oui, en se renseignant énormément à droite et à gauche pour avoir un maximum d’informations, de Pôle Emploi à la Chambre de Commerce. On a quand même mis un an pour décider quel statut juridique nous voulions prendre pour notre marque ! On se définit souvent comme une « slow entreprise » : on a pris du temps mais on a réussi et on est sûres de ce que l’on fait.

« On se définit souvent comme une « slow entreprise » : on a pris du temps mais on a réussi et on est sûres de ce que l’on fait. »

Vous dites que vous créez des images et des décors, qu’est-ce que cela signifie ?
Marie : On sait faire beaucoup de choses et on aime créer des univers, on aime traiter de l’instant, on fait beaucoup d’images. On aime toucher à tout en fait, on s’autorise de travailler sur du papier-peint comme sur des foulards.

La marque Mlle Jane Doe est-elle alors bien comprise dans toute sa diversité ? 
Marie : Au début justement c’était compliqué de faire comprendre ce que nous faisons. Rien que pour décider comment nous nous présentions sur notre site internet ! Et il n’est toujours pas fini ! 

Ornella : Au début on disait qu’on était un « studio de création de design et de textile » mais on a réalisé que le mot textile était mal compris : les gens pensaient qu’on allait faire de l’import-export de textile ! On a alors eu une seconde chance en arrivant à Nantes où personne ne nous connaissait et où l’on a donc pu se réapproprier notre marque. Notre discours a changé. On se présente désormais en tant que « studio de création », ce qui est plus global, englobe beaucoup de choses. On aime à dire que l’on touche à tout et que l’on crée vraiment au gré de nos envies.
En fait pour bien comprendre les choses, il faut savoir que Mlle Jane Doe est vraiment divisé en deux : d’un côté il y a notre marque Mlle Jane Doe qui est notre espace libre de création, et de l’autre côté il y a la partie « service », notre entreprise MJD Sas avec laquelle nous suivons les directives de nos clients. En séparant vraiment les deux volets de notre activité, nous avons réussi à nous présenter plus simplement même si parfois les deux se mélangent car certains clients viennent nous chercher pour notre univers créatif.

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Aujourd’hui ce sont surtout les commandes de vos clients qui vous font vivre ?
Ornella : Qui font vivre notre entreprise car aujourd’hui nous ne vivons pas encore de notre travail. On fait vivre notre entreprise ce qui est déjà bien ! À nos débuts on nous avait dit de faire un business plan, de mettre de l’argent de côté etc, mais en fait tout cela nous a paniqué parce que ce n’était pas notre vision des choses. Car si on se lançait dans cette grande aventure qu’est l’entrepreneuriat c’était pour se faire plaisir et pour aller travailler avec le sourire tous les matins. On a aussi la chance de pouvoir le faire parce que nous avons toutes les deux le soutien et le support de nos conjoints, ce qui est très important pour nous parce qu’ils nous ont laissé le temps de développer notre projet et de pouvoir passer à une étape supérieure de notre développement chaque année. On cherche vraiment à être accompagnées par des personnes qui comprennent notre démarche, même pour notre banquier, notre comptable. Mais cette année notre grande décision et que nous voulons enfin vivre de notre travail !

Que devez-vous changer dans votre organisation pour y parvenir ?
Ornella : Nous n’avons jamais emprunté d’argent et jusqu’à présent on réinjectait tout l’argent que l’on gagnait dans la société. Mais cette année nous avons décidé que nous allions mettre de l’argent de côté pour nous rémunérer. Évidemment ce ne sera pas un « vrai » salaire pour commencer ! Cela m’est arrivé de devoir travailler à côté, Marie donne des cours en parallèle et cela nous a toujours convenu que Mlle Jane Doe avance petit à petit mais aujourd’hui nous avons décidé d’accélérer un peu les choses. Nous avons aussi besoin de quelqu’un qui soit un peu en dehors de notre duo pour nous aider, car on aime tout faire mais il faut que l’on arrive à prioriser. Jusqu’ici on a toujours tout fait au même niveau, on s’est alors souvent retrouvées à travailler avec nos enfants mais cette année nos quatre enfants sont à l’école et à la crèche, ce qui est nouveau pour nous ! Car en trois ans de société nous avons chacune eu notre deuxième enfant, ce qui explique aussi pourquoi nous avons fait les choses tranquillement. Les premiers temps, nous n’avions pas forcément de moyens de garde, on travaillait avec nos enfants sur nos genoux, on allait aux rendez-vous quand on pouvait… C’est important pour nous d’avoir pu être présentes pour nos enfants mais aussi de leur montrer que l’on peut être entrepreneuses, créer des choses tout en étant mères.

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Pensez-vous qu’il soit vraiment possible d’être entrepreneuse et mère à la fois ?
Ornella : Parfois on se demande pourquoi on se donne tout ce mal ! Et à la fin de l’été dernier, on s’est posé la question de savoir si on allait continuer Mlle Jane Doe même si on s’adore et que l’on s’entend vraiment très bien toutes les deux. Mais après deux mois de coupure en été, on a eu du mal à la rentrée à se dire que l’on repartait pour de nouvelles difficultés. Donc c’est à ce moment-là que l’on a pris la décision qu’on devait se rémunérer car c’est important tout de même ! Que notre activité compte aussi dans nos familles.

Cette question financière devient-elle une source d’angoisse pour vous deux ?
Ornella : Oui, à différents moments et en fonction de chacune. Même si cela ne m’angoisse pas car j’ai la chance de pouvoir ne pas m’inquiéter à ce sujet. Mais cela fait longtemps que dans ma vie personnelle, j’ai fait des choix liés à ma situation professionnelle : si j’ai moins d’argent, je priorise certaines choses et j’arrive plus facilement à supprimer des choses dans mon quotidien.

Marie : Je travaillais depuis dix ans et je suis passée d’un statut de salariée à aucun salaire du tout donc mon niveau de vie est forcément complètement différent d’avant. Bien sûr ma vie créative est aussi complètement différente…

Ta vie de salariée te manque Marie ?
Marie : J’aime ma vie créative d’aujourd’hui mais j’aime aussi avoir les moyens de vivre confortablement. Il faut être honnête ! En dix ans de salariat j’avais pris des habitudes, je ne réfléchissais pas quand je désirais m’offrir quelque chose. Et même si j’ai fini par accepter la situation actuelle, j’ai quand même une famille à assumer et en étant tous les deux indépendants mon conjoint et moi, avec un salaire en moins c’est plus difficile. C’est faisable mais c’est difficile.

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Cette insécurité financière est-elle néfaste pour votre créativité ?
Ornella : On a beaucoup de chance car on discute énormément toutes les deux et on se dit beaucoup de choses, même les plus difficiles. Ce n’est pas rose tous les jours mais on peut justement parler ensemble des choses compliquées et trouver des solutions ensemble. Sur la question de l’argent nous n’avons pas le même point de vue mais on se comprend l’une et l’autre. Par exemple je ne suis pas prête à prendre n’importe quel projet pour de l’argent, je ne pourrai pas le faire ! S’il n’y a pas d’intérêt créatif je ne peux pas me lever tous les matins pour réaliser un travail créatif qui n’ait pas de sens à mes yeux ou pour des personnes avec qui je ne me sens pas bien. On l’a déjà fait et ça se passe toujours mal. Tout est à base de rencontres et on se laisse vraiment porter par ça : il faut que cela fonctionne humainement avant tout, c’est la base de notre travail. Notre rencontre à toutes les deux est aussi une rencontre humaine donc si on ne suit pas ça, cela ne fonctionnera pas.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Ornella : Le végétal, les métissages. On aime métisser nos personnages, nos univers. C’est aussi ce qui nous a réunies. Marie vit avec une personne métissée et c’est vrai qu’on aime parler du métissage culturel. L’histoire de Mlle Jane Doe c’est aussi cela. À l’époque on regardait une chaine Youtube de rappeurs et rappeuses qui se faisaient appeler John Doe et Jane Doe et l’on travaille beaucoup en musique, cela nous inspire énormément. Aussi, dans la culture américaine, les expressions « Jane Doe » pour les femmes ou « John Doe » pour les hommes sont utilisées pour évoquer des personnes dont on ne connaît pas les prénoms. L’idée de départ de Mlle Jane Doe était là : chaque année on peut inventer des personnalités, travailler sur différentes personnes, travailler sur des métissages un peu exceptionnels comme Japon-Sénégal par exemple !

Vous faites alors des recherches sur chaque pays ?
Ornella : Oui on recherche par exemple les dessins traditionnels des pays, ces dessins que l’on retrouve dans l’architecture, dans la vaisselle, dans les vêtements. Pour nous c’est vraiment un point de départ. C’est aussi ce que l’on a fait pour notre collaboration avec Julie Flamingo : elle nous a montré des choses qu’elle aime, elle qui a vécu au Mexique et est originaire du Finistère. Elle nous a parlé de sa vie, nous a montré des dessins qu’elle apprécie et à partir de tout cela, nous avons créé des images qui lui sont propres.  

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Comment travaillez-vous à quatre mains ?
Ornella : L’une de nous deux commence un dessin et l’autre le récupère, le retravaille.

Comment votre approche créative respective a-t-elle évolué au contact de l’autre ?
Marie : On ne voit pas les choses de la même façon : Ornella voit les vides et moi je vois les pleins dans les dessins.

Ornella : Il faut toujours que l’on s’explique quand on voit une image. Quand Marie aime une image je lui demande de m’expliquer ce qui lui plaît, j’essaie de comprendre pour garder ce qu’elle aime et Marie me demande à son tour ce que j’y vois car souvent je vais voir les vides et les espaces dans une image et Marie voit plutôt le trait.

À quel moment jugez-vous qu’une image est terminée et vous plaît à toutes les deux ?
Ornella : À partir du moment où je peux la revendiquer, que je l’assume. Cela nous est arrivé de retirer des dessins d’une collection parce que l’une de nous deux n’était pas convaincue. Si nous ne sommes pas toutes les deux contentes, on préfère laisser le dessin de côté parce qu’il faut pouvoir expliquer nos créations et y croire. Mais cela demande évidemment deux fois plus de temps parce qu’on doit énormément discuter. Ce qui est bien dans le fait de travailler en duo c’est que nous ne sommes pas seules évidemment, mais en même temps cela nous prend énormément de temps de tout faire, de prendre une décision, d’écrire un mail… 

Que vous apportez-vous mutuellement ?
Ornella : Marie est plus organisée pour certaines choses comme les comptes. J’ai besoin de son côté « carré » moi qui suis plus « bazar organisé » mais qui n’est pas si mal organisé que ça, je m’en rends compte d’année en année ! Quand j’ai une idée, j’ai besoin de l’appliquer toute de suite tandis que Marie me pose et on fait les choses plus lentement.

Marie : Je suis la voix de la sagesse !

Ornella : En fait c’est un équilibre de tous les instants qui se fait naturellement.

Marie : Ornella m’a appris le lâcher-prise. J’étais très « dans le contrôle » de par mon expérience professionnelle. Elle m’a aussi appris à dessiner sans contour, prendre la couleur telle qu’elle est, se lancer.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Êtes-vous inquiètes pour l’avenir de Mlle Jane Doe ?
Ornella : Non parce qu’on se dit que si cela doit s’arrêter pour nous, c’est que cela devait s’arrêter et on aura vécu de belles années à faire ce que nous avions envie de faire. Et je n’ai aucun doute sur le fait que l’on arrivera à rebondir. Car être entrepreneure c’est tous les jours devoir rebondir !

Vous avez donc envisagé que cela puisse s’arrêter ?
Ornella : Oui mais pas maintenant ! On se dit que ce serait vraiment dommage d’arrêter maintenant parce que tout ce que nous avons mis en place jusqu’à présent va porter ses fruits.
Marie : Oui je suis d’accord avec ça. Si ça doit s’arrêter ça s’arrêtera, si ça doit continuer tant mieux. Mais il ne faut pas y penser et il ne faut pas que cela soit source de stress. J’ai exprimé mes besoins et mes envies financières à Ornella et on va faire en sorte d’y arriver.

Vous sentez-vous autant entrepreneuses que créatrices ?
Ornella & Marie : Oui totalement.
Ornella : À certains moments on ne va faire que de la création et mettre un peu de côté la comptabilité, mais c’est difficile de se couper des chiffres. Si on déléguait cette partie-là je pense que l’on serait malgré tout coupées d’une certaine réalité. J’aime comprendre les chiffres, comprendre pourquoi quelque chose fonctionne ou pas.

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Avez-vous toujours su que vous seriez un jour à la tête de votre entreprise ?
Ornella : Je pense que je l’ai toujours su. Je viens d’une famille où l’on a du mal à rester dans une entreprise, on fait beaucoup de choses très différentes. Je fais partie de la génération à laquelle on a toujours dit qu’on n’aurait pas de travail ni de retraite donc je me suis toujours dit que si je n’avais pas de travail j’allais créer le mien. Et je n’aime pas faire tout le temps la même chose, au même endroit, avec les mêmes personnes. J’ai besoin de bouger et de décider de travailler avec ces personnes ou non.

Marie : Moi je suis d’une génération où il y avait peu d’espoir pour l’emploi certes, mais à qui l’on a dit que le CDI était le Saint Graal. Être salariée m’a soulagée sur l’aspect financier car je touchais un salaire tous les mois mais avec les années on se rend compte qu’on ne fait pas tout ce qu’on veut en tant que salariée, on ne nous écoute pas forcément, on s’ennuie et ça n’allait pas très bien quand j’ai quitté mon poste. 

Ornella : Pour ma famille et mes enfants j’ai besoin d’être libre pour pouvoir m’occuper d’eux s’ils sont malades ou autre et tant qu’ils sont petits j’ai besoin d’être impliquée dans leur vie. Je pars du principe que même si je ne suis pas rémunérée, je participe à la vie de ma famille dans ce sens-là, par ma présence, c’est quelque chose que l’on ne peut pas remplacer.

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www.mllejanedoe.com

Publié par :Solenn Cosotti

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