Photographies : Rémy Lidereau pour Étonnantes

Découvrez le premier numéro de la revue papier « Étonnantes », ici : Étonnantes N°1

S’il est une recette que l’on souhaiterait qu’elles nous partagent, c’est celle de leur détermination sans faille : ce cocktail détonant mêlant rêve et persévérance, force et ambition. Clarisse Guiho et Fanny Tourme ont tout juste trente ans et des parcours professionnels aussi riches que pertinents, tracés par une volonté d’acier. Une première vie dans l’hôtellerie et l’évènementiel pour l’une, dans la mode et le luxe pour l’autre ; des voyages, des rencontres et des défis menés chacune de leur côté comme autant de chemins de traverse empruntés pour finalement parvenir à une voie commune, à un rêve partagé : celui d’ouvrir ensemble leur coffee shop à Nantes. Un lieu qui leur ressemblerait évidemment, à la fois chaleureux et accueillant, élégant et bienveillant ; un lieu ouvert à toutes et tous, surtout.
Quelques mois seulement après l’inauguration de Kinfolk en février 2019, l’adresse nantaise comptait déjà parmi les incontournables de la ville, louée tant par la gentillesse de ses fondatrices que par la qualité de sa carte. Alors, si leur complicité évidente, leur perfectionnisme manifeste et leurs goûts sûrs font assurément partie des ingrédients essentiels au succès de leur recette, reste une saveur qu’elles maitrisent à la perfection et qui fait toute leur différence : la douceur, le sel de leur réussite. « On ne soigne pas les gens mais on leur apporte quand même un peu de douceur », disent-elles. Jamais leurs mots n’ont paru si essentiels. Interview de deux femmes douces, fortes et étonnantes.

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Que faisiez-vous avant d’ouvrir Kinfolk en 2019 ?
Clarisse Guiho : On réfléchit à ce projet depuis septembre 2015 mais à ce moment-là, nous avions chacune de notre côté des objectifs professionnels à atteindre. J’étais en Polynésie où je travaillais à l’ouverture d’un hôtel et quand je suis rentrée à Paris, Fanny m’a parlé de son projet de reconversion et de son envie d’ouvrir ensemble à moyen terme, un coffee shop à Nantes. Mais après mon retour de Polynésie, je me suis engagée dans l’ouverture de Bercy qui est devenu l’Accor Hotels Arena car j’ai une formation en hôtellerie-restauration qui m’a conduite à travailler dans le management hôtelier et dans l’évènementiel. Mon objectif était alors de faire du wedding planning, un objectif que je n’avais pas encore atteint en 2015. En 2016, j’ai intégré une agence de wedding planning et en 2017, nous avons vraiment commencé à travailler toutes les deux sur notre projet de coffee shop.

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Clarisse Guiho © Rémy Lidereau pour Etonnantes

Fanny Tourme : J’ai fait une école de commerce à Nantes avec le rêve de travailler dans la mode et le luxe. Je suis donc partie à Paris pour suivre une formation en management de la mode et du luxe, ce qui m’a permis de pousser les portes de plusieurs Maisons : Sandro, Louis Vuitton, Mellow Yellow. Puis je suis partie pendant un an en Australie avec mon amoureux qui est par la suite devenu mon mari et le papa de ma petite fille. Là-bas, j’ai travaillé dans la restauration en revenant inspirée par ce que j’y avais découvert. J’ai pris goût à cet univers professionnel que je ne connaissais pas du tout et cela coïncidait avec la lassitude que je ressentais pour l’univers de la mode.
En rentrant en France, je ne pouvais pas lancer mon projet de coffee shop tout de suite car je ne voulais pas prendre trop de risques d’un seul coup. J’ai donc continué à faire ce que je savais faire avant de partir en Australie, en travaillant chez Lacoste où j’étais chargée de clientèle internationale : je m’occupais de clients d’Amérique du Sud, de Russie ou du Benelux et gérais leurs suivis de commandes en étant en lien avec le site de production de la marque, à Troyes. C’était un poste très intéressant mais je gardais malgré tout à l’esprit tout ce que j’avais vécu en Australie et tant aimé.

Fanny Tourme © Rémy Lidereau pour Etonnantes

Soit je mettais ma santé mentale en danger, soit j’écoutais le petit truc qui me trottait dans la tête depuis mon retour d’Australie.

Fanny Tourme


C’est-à-dire ? Qu’as-tu découvert en Australie que tu as tant aimé ?
Fanny :
Le concept de coffee shop qui n’existait pas encore en France, ou très peu. J’en avais découvert bien avant quand j’avais fait une partie de mes études aux États-Unis mais j’avais survolé le sujet et je ne m’étais pas encore dit que ça me plairait au point de vouloir avoir le mien ! C’est en Australie qu’il y a eu cette petite intensité en plus qui m’a fait me dire que je souhaitais avoir le mien. J’ai travaillé pendant cinq ans chez Lacoste en gardant en tête mon projet de coffee shop, comme une petite musique de fond, presque une lubie. Et petit à petit, j’ai avancé vers ce projet car je me suis rendue compte que c’était vraiment vers là que je voulais aller !
J’ai donc fait une petite bascule dans la restauration : j’ai intégré la franchise Boco au poste de commerciale. C’est une marque lancée par deux frères, dont l’un est chef restaurateur avec un super réseau de chefs étoilés. Le concept est alors d’avoir des restaurants à Paris et en Province où les recettes de chefs étoilés sont produites dans des bocaux. Je ne suis restée que six mois à ce poste car mon boss était lui-même un ancien chef restaurateur, avec un tempérament très dur et avec lequel ça ne s’est pas très bien passé au niveau management. Alors, soit je mettais ma santé mentale en danger en restant plus longtemps et en m’accrochant à ce job, soit j’écoutais le petit truc qui me trottait dans la tête depuis mon retour d’Australie. C’est donc ce que j’ai décidé de faire ! Mais en le faisant progressivement. J’ai quitté mon poste chez Boco pour ensuite travailler dans un coffee shop à Paris en tant qu’employée, où j’ai pu toucher du doigt la réalité du métier. Car entre l’image de ce qu’on peut avoir de quelque chose, son rêve, et la réalité, il y a souvent des écarts.
Mais mon expérience dans ce coffee shop m’a confortée dans mon idée, donc j’ai avancé ! Après avoir travaillé pendant dix mois dans cet établissement parisien, nous sommes venus nous installer à Nantes en 2017. À ce moment-là, j’ai travaillé pour une franchise de restaurants de pizzas, qui n’avait donc rien à voir avec ce que je voulais faire, mais c’était volontaire car j’y occupais un poste de manager pour avoir une nouvelle corde à mon arc. D’autant plus que Clarisse de son côté, avançait elle aussi dans ses projets professionnels à Paris. Comme j’étais employée à temps partiel, cela me permettait d’avancer en parallèle sur notre projet de coffee shop. Je suis alors tombée enceinte et je ne suis pas retournée dans l’entreprise après mon congé maternité. En juillet 2018, Clarisse est revenue à Nantes.

Clarisse : Je travaillais à Paris dans une agence de wedding planning mais j’avais déjà pris un  appartement à Nantes en novembre 2017. Je faisais les allers-retours : trois jours à Nantes, deux jours à Paris. Avec Fanny, on travaillait un jour par semaine sur notre projet et à partir de juillet 2018, je me suis installée définitivement à Nantes.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Vous avez nommé votre coffee shop Kinfolk, qui est le nom d’un magazine américain. Ce choix était-il délibéré ?
Fanny : Ce nom nous est venu lorsque je travaillais moi-même dans le coffee shop parisien dont je parlais à l’instant et où le magazine Kinfolk était disposé sur la table de lecture. Cela peut paraître cliché mais une nuit, je me suis dit que Kinfolk était alors le nom qu’il fallait que nous déposions pour notre projet ! Il évoque le magazine pour ceux qui le connaissent, mais pour ceux qui ne connaissent pas forcément le courant kinfolk, cela nous permet d’en raconter l’histoire et l’ambiance que nous avons déclinées dans ce sens. L’esprit kinfolk c’est en effet le côté nature, un peu champêtre, c’est un lieu de vie convivial décoré de matériaux chauds et chaleureux… Tout était à la fois lié au magazine et au courant. On a évidemment fait les recherches qu’il fallait pour s’assurer qu’on avait le droit de déposer le nom, ce qui était le cas car nous n’étions pas sur le même pays ni sur les mêmes catégories d’utilisation que le magazine. Mais en réalité, peu de personnes passent la porte en connaissant vraiment la revue Kinfolk. Ce qu’on nous dit c’est qu’on a réussi à retranscrire l’état d’esprit kinfolk avec le lieu.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Depuis quand vous connaissez-vous toutes les deux ?
Clarisse :
Je connais le mari de Fanny depuis le collège.

Est-il évident depuis la genèse du projet, que vous seriez associées toutes les deux ?
Clarisse & Fanny : Oui ! 

Clarisse : On a un grand groupe d’amis qui nous a beaucoup soutenues, ainsi que nos familles. Tout le monde était derrière nous, ce qui est très agréable mais peut aussi nous mettre un peu trop la pression par moments ! Mais on a commencé à en parler toutes les deux et nous avons réussi à aller jusqu’au bout de notre projet, ensemble. On a vite trouvé le local mais entre la visite et la signature finale il s’est passé huit mois ! Avant nous, les locataires précédents qui tenaient une épicerie de nuit s’étaient faits expulser. Nous avons donc dû mener une phase de « conquête » de nos copropriétaires afin qu’ils acceptent que l’on ouvre un coffee shop. Ensuite il y a eu la phase financement…

L’esprit kinfolk c’est le côté nature, un peu champêtre, c’est un lieu de vie convivial décoré de matériaux chauds et chaleureux.

Justement, comment avez-vous financé Kinfolk ?
Fanny : En demandant un prêt à des banques, mais tout a pris plus de temps car nous étions  pile durant la période estivale !

Clarisse : Nous avons réussi à obtenir un prêt mais notre bailleur n’était pas pressé de signer. En fait, quoi qu’il en soit il voulait que ce soit nous qui ayons le local. Il a immédiatement accordé une importance à notre projet car ce qu’il voulait aussi, était que l’on valorise son local et il savait qu’on allait faire quelque chose de bien. On ne s’en rendait pas compte mais il y avait énormément de choses à faire : il a fallu notamment refaire les baies vitrées qui étaient cassées mais l’immeuble étant dans une zone classée, il y avait des contraintes à respecter. Le bailleur n’est pas installé à Nantes mais à Saint-Germain-en-Laye, il nous a donc délégué le pouvoir de tout gérer, selon nos souhaits et avec l’accord de la copropriété, mais c’était à nous de faire toutes les démarches administratives. On a donc dû être confrontées à l’architecte des bâtiments de France, à l’urbanisme pour divers sujets : les couleurs employées, l’enseigne, les plans intérieurs … Ils ont un mot à dire sur tout ! Comme l’établissement est classé en bâtiment de France, les délais sont multipliés par deux ! Et tout était très délicat car en voulant changer les baies vitrées, nous voulions modifier l’architecture extérieure. Nous avons donc dû faire face à un premier refus sur les nouvelles baies que nous voulions poser ce qui nous a fait prendre deux mois de retard sur le projet.
 
Fanny : On a donc dû refaire notre dossier mais entre temps, le maitre d’œuvre avait lancé le projet de fabrication des mauvaises baies vitrées !

Clarisse : Je ne sais pas comment nous avons réussi à ne pas nous énerver face aux divers obstacles. Mais par exemple, au service urbanisme de la ville de Nantes, nous n’avions qu’un seul interlocuteur quel que soit le sujet à aborder, donc il ne fallait pas que l’on se fâche ! Sauf que cette personne est partie en arrêt maladie sans que l’on soit tenues informées. Nous ne savions alors plus qui appeler car ils étaient tous débordés et ne prenaient plus les appels, donc quand on en avait le courage on se déplaçait là-bas en veillant à bien choisir le bon créneau ! On arrive au service, on prend un ticket, si on a de la chance on passe vite sinon, on attend… Et on se rend compte que la personne qui suivait le dossier n’est plus là donc on tombe sur une autre personne à qui il faut tout réexpliquer et qui nous dit qu’il manque finalement telle chose à tel endroit du dossier.

Fanny : Sincèrement on a abattu énormément de travail ! Mais je pense que le fait d’être deux nous a apaisées. On se raccrochait aux choses qui avançaient. 

Clarisse : Et on se répartissait les choses à faire : quand l’une de nous rencontrait un obstacle, elle le partageait avec l’autre pour avancer ensemble, en gardant en tête que de toute façon, il fallait avancer !

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Avez-vous connu des moments de découragements face à ces obstacles ?
Fanny :
On a eu un petit moment difficile en décembre 2018. On approchait de la date d’ouverture que nous avions fixée et sur laquelle nous avions communiqué. Mais on voyait bien que les choses trainaient et qu’on ne pourrait donc pas ouvrir au moment que nous avions décidé. Mais nous ne nous sommes pas découragées pour autant, aussi parce que nous sommes toutes les deux des battantes. Il fallait que ça se fasse donc on a continué à avancer mais ce fut une période un peu difficile.

Clarisse : Les travaux étaient commencés depuis le 4 octobre 2018 et en décembre 2018 on s’est dit : « On ne va jamais ouvrir… ». En parallèle, l’artisan qui avait commencé à réaliser la mauvaise baie vitrée ne répondait plus à nos appels parce qu’il s’était rendu compte qu’il s’était trompé, donc qu’il allait perdre de l’argent, alors c’était silence radio.


Nous ne nous sommes pas découragées pour autant parce que nous sommes toutes les deux des battantes.


Etiez-vous prises au sérieux par vos interlocuteurs ou le fait d’être des femmes a-t-il pu être un frein ?
Fanny: Nous étions prises au sérieux mais je pense que nous avons fait un mauvais choix sur la partie travaux car nous étions très mal accompagnées. C’est difficile de choisir car nous étions malgré tout contraintes par un budget, par un planning.

Clarisse : Parce que le budget allait quand même du simple au double entre un maitre d’œuvre « lambda » et un maitre d’œuvre spécialisé dans les établissements de restauration ! Et nous n’avions pas le budget pour cette deuxième option. Mais cela nous a permis d’apprendre plein de choses et il faut avouer que nous avons bien ri pendant les travaux !

Fanny : Quand on arrivait sur le chantier, on savait qu’il fallait se retrousser les manches et endosser le rôle de cheffes de chantier et c’était amusant d’avoir aussi ce rôle-là ! Et l’instant d’après on pouvait être assises en face d’un banquier avec nos planches marketing sous le bras pour lui expliquer notre projet !

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Votre projet a-t-il immédiatement été soutenu par les banques ?
Clarisse
 : Nous avons eu la chance d’être très bien préparées pour aller défendre notre projet auprès des banques. On nous avait dit que les banquiers ne voulaient pas un projet « marketing » ou « sexy » mais ils voulaient que le projet fonctionne au niveau des chiffres. On nous avait alors préparées à faire face à quatre refus sur six banques.

Fanny : On est parties le couteau entre les dents en se disant que de toute façon, il fallait bien qu’il y en ait une qui nous suive !

Aviez-vous un apport personnel ?
Fanny
 : Oui mais aux yeux des banquiers on restait deux personnes qui n’avaient pas d’expérience dans la restauration et cela ne jouait pas en notre faveur. Mais au final, cinq banques sur six ont accepté de nous accorder un prêt !

On est parties le couteau entre les dents en se disant que de toute façon, il fallait bien qu’il y ait une banque qui nous suive !


Comment avez-vous préparé les chiffres pour leur démontrer la fiabilité de votre projet ?
Fanny :
Nous avons été aidées par notre expert comptable ainsi que par notre accompagnant, Frédéric, que nous avons rencontré dans le cadre des formations obligatoires à effectuer pour travailler en restauration. Son rôle est d’accompagner les porteurs de projet dans le domaine de la restauration. On s’est dit que son aide serait précieuse d’autant plus qu’il est connu de tous les restaurateurs nantais. Et en effet, il nous a très bien conseillées. On a passé des soirées à faire des montages de chiffres, à tirer les chiffres dans tous les sens pour que tout rentre dans notre budget et que le banquier accepte notre prêt car il était rassuré par notre projet.

Clarisse : La base de travail est le business plan du projet et une fois que celui-ci est prêt, il est important d’avoir un expert comptable. On n’ose pas forcément aller voir un expert comptable pour lui demander un devis comme on peut le faire auprès d’un artisan, pourtant il faut le faire pour bien le choisir et qu’il puisse aider à chiffrer le projet ! Dès 2017 nous avions choisi notre expert comptable, quelqu’un avec qui nous avons tout de suite eu un très bon feeling, qui nous a donné les bonnes infos, posé les bonnes questions pour que l’on sache quelle direction prendre. Car une fois que nous avions déterminé les charges fixes du local par exemple, il fallait savoir combien on devait dégager pour faire des bénéfices.

Fanny : Ce comptable nous a aussi permis de démystifier le côté juridique qui fait peur ! À la fin de notre rendez-vous avec lui, nous avions presque envie de devenir comptables nous aussi (rires) !

Clarisse : Avant notre premier rendez-vous avec les banques, je n’avais qu’une idée en tête : pouvoir expliquer tous nos tableaux de chiffres, de prévisionnels. Je m’étais tellement prise au jeu du prévisionnel que j’avais envie de comprendre absolument tout ce que pourraient nous dire les banquiers afin que l’on puisse rebondir dans la discussion. Je suis très terre-à-terre, j’ai besoin de tout comprendre et j’étais alors très concentrée sur le fait de convaincre les banquiers à partir des données qui étaient dans le dossier et qui étaient vraiment la clé de notre projet en fait !

Fanny : Et on raconte aussi l’épisode de la honte ?! (rires)

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Clarisse : En parallèle du prêt à obtenir des banques, nous voulions obtenir un prêt d’honneur de la part d’un organisme qui s’appelle Nantes Initiative. Tout le monde nous avait dit qu’on aurait ce prêt haut la main et que l’on pouvait donc tabler sur 10 000 euros de prêt de cet organisme. Nous avons inscrit cette somme dans notre prévisionnel, encouragées par notre expert comptable, afin de demander un prêt un peu moindre auprès des banques. On s’est donc super bien préparées pour passer devant le jury de Nantes Initiative, on avait fait des panneaux, des visuels, des A3 très imagés car on ne savait pas qui serait le jury en face de nous… Et nous sommes tombées sur le type de personnes que nous voulions éviter : des anciens !! (rires) Ils ont saisi le concept de notre coffee shop mais ils ont surtout saisi le quartier de Nantes où nous voulions nous installer et qui à ce moment là, était réputé pour être un peu risqué à cause de violences nocturnes et de trafics de drogues… Et toute la partie questions/réponses de notre fin d’entretien n’a été axée que sur le quartier où l’on voulait s’implanter. Ils n’avaient rien à dire sur le projet qu’ils avaient assimilés mais le reste de leurs questions étaient : « Vous allez vous retrouver avec des migrants qui vont rentrer chez vous et ne voudront pas ressortir ! » ou « Vous allez vous faire attaquer ! ». Ils ont complètement mis de côté le fait que nous serions un établissement de jour et s’il est vrai que le quartier peut paraître dangereux le soir, nous fermons tous les jours à 19h ! Le lendemain de notre entretien, on apprenait donc que nous n’aurions pas notre prêt de 10 000 euros.

Fanny : Et le pire c’est que nous avions fait le « truc de la honte » en sortant du jury (rires). On a fait un selfie devant la pancarte du CCI en étant sûres qu’on aurait notre prêt (rires) !! Mais la photo a fini à la poubelle évidemment.  

Clarisse : Notre choix de banque s’est alors très vite orienté vers notre banque actuelle à qui l’on a dit qu’on n’aurait pas les 10 000 euros du prêt de Nantes Initiative. Et notre banquier nous a dit qu’il pouvait nous débloquer la somme qui manquait, sans que cela passe par ses supérieurs.

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Comment s’est passée l’ouverture de Kinfolk en février 2019, après ce parcours houleux ?
Fanny
 : Nous étions soulagées mais aussi fatiguées parce que les premières semaines d’ouverture sont très intenses. Mais je pense que ce qui nous a ôté la fatigue est le fait que dès le premier jour, cela a très bien fonctionné.

Clarisse : Le premier mois d’activité a été le meilleur mois de Kinfolk jusqu’en septembre 2019 !

Comment expliquez-vous ce plébiscite immédiat ?
Fanny : On avait un peu communiqué sur les réseaux avant l’ouverture mais je n’avais pas réalisé que cela pourrait amener des gens à pousser la porte et à nous dire : « Je vous ai suivi sur les réseaux ! ». On ne se rendait pas compte que depuis notre petit téléphone, on faisait vivre notre histoire à des gens et on a vraiment senti que certain.e.s étaient vraiment impatients que Kinfolk ouvre.

Clarisse : On a baptisé notre ouverture le « soft opening » parce qu’on voyait qu’il manquait des choses dans l’établissement mais les clients ne le voyaient pas finalement. On ne s’est pas faites déborder mais on a été un peu chahutées quand même par le monde qu’il y a eu dès les débuts, la terrasse a très bien fonctionné, les brunchs ont hyper bien marché dès l’ouverture. On a été un peu surprises !

Fanny : C’était un joli tourbillon mais c’est vrai que ça donnait le vertige.

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Comment vous répartissez-vous les rôles au quotidien ?
Fanny
 : Je suis en cuisine. Deux desserts ne sont pas faits maison mais par un pâtissier anglais et le cheese-cake est fait par Clarisse mais tout le reste, c’est moi qui le réalise.

Clarisse : Nous faisons ce que l’on appelle de la « petite restauration » car nous n’avons pas d’extraction mais uniquement une hotte comme à la maison. On a une petite plaque à induction mobile qui ne peut pas être fixe car nous n’en n’avons pas le droit, donc cela nous empêche de cuisiner des plats mijotés, des sauces, mais pour le reste tout est fait maison. 

Fanny : Cela induit que nous ne pouvons pas apposer le petit logo « fait maison » sur notre vitrine car nous n’avons pas 100% de nos produits qui sont faits ici.

C’est important pour nous que les client.e.s se sentent ici comme chez eux.

Cela ne vous pose pas de problème ?
Clarisse
 : Non aucun. Les clients le comprennent bien en entrant ici et en voyant la taille de la cuisine.

Fanny : Pour l’instant on travaille six jours sur sept, en faisant de grosses journées, mais nous ne sommes jamais toutes les deux sur l’ouverture et la fermeture : je gère l’ouverture et Clarisse la fermeture mais ça fait quand même des journées de dix heures. J’arrive le matin, je fais les plats pour la journée. On a identifié les choses qui sont un peu les « bests » et qu’il faut absolument que l’on ait dans les frigos.

Clarisse : Nous avons une carte fixe et l’ardoise de la semaine qui change toutes les semaines. Et quatre cartes qui changent par saison.

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© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Qu’est-ce que vos client.e.s aiment chez Kinfolk selon vous ?
Fanny
 : Ils aiment ce qu’il y a dans l’assiette, ça c’est une certitude, mais je pense qu’ils aiment surtout qu’on les reconnaisse. Nous sommes toutes les deux assez physionomistes et on fait partie de ces personnes qui aiment bien être reconnues quand elles vont quelque part une fois, deux fois, trois fois.

Clarisse : C’est important pour nous que les client.e.s se sentent ici comme chez eux et qu’ils se sentent bien surtout, ce que permet le volume de notre établissement. Notre hantise était aussi que ce soit un coffee shop « de filles », on ne voulait surtout pas que ce soit un lieu « genré » !   

C’est quoi un « coffee shop de filles » ?
Clarisse
 : Un coffee shop où l’on fait de la dînette franco-française avec des petites assiettes à fleurs, etc. Ce qu’il y a déjà à Nantes : ce sont plus des salons de thé où il y a en effet un dessert anglo-saxon mais où les plats sont quand même très français.

Pourquoi vouliez-vous absolument éviter cela ?
Fanny
 : Parce qu’on a envie de voir nos copains de temps en temps ! 

Clarisse : Et nous avons beau être des femmes, on avait envie de proposer un lieu de vie mixte.

Fanny : Et sans limite d’âge. On ne voulait pas segmenter ni au niveau sexe ni au niveau âge. Et ça marche ! Un client de 75 ans vient tous les lundis par exemple ! Je ne pensais pas que nous aurions des clients comme ça, même si je l’espérais. À côté de ça, nous avons aussi des étudiants, une bonne clientèle de personnes qui travaillent en freelance. Le type de clientèle que nous espérions pour les créneaux du matin et de l’après-midi.

Clarisse : Pour répondre à ta question c’est aussi parce qu’on a toutes les deux travaillé dans des univers où les équipes étaient très féminines, dans le luxe notamment, que nous avions envie de revenir à des choses simples, de pouvoir s’habiller comme on le souhaite sans être jugées par exemple. Nous avions envie de voir des gens avec qui on se sentirait d’égal à égal et des personnes qui nous apprendraient des choses, simplement. Bon, il faut quand même avouer qu’au début nous avions beaucoup de femmes !

Fanny : Mais depuis quelques temps « it’s raining men » (rires) !

Clarisse : Il n’est pas rare de voir des hommes qui viennent déjeuner entre hommes et ça nous fait super plaisir car on apprécie d’avoir cette mixité de genres, d’âges et de portefeuilles.

On ne voulait pas segmenter ni au niveau sexe ni au niveau âge.

Fanny : On pourrait proposer des prix plus élevés mais nos prix actuels nous permettent de capter des personnes qui reviennent. Et c’est aussi un très bon indicateur car nous avons beaucoup de fidèles qui reviennent, avec lesquels on fait connaissance et avec lesquels nous n’avons pas uniquement un rapport de commerce. On se découvre des petits débuts d’amitié avec certains, des discussions avec d’autres et cela permet de rendre le quotidien plus riche.

Clarisse : En fait on devient comme un troquet de village alors qu’on est en plein centre de Nantes ! Comme nous voyons beaucoup de visages récurrents, c’est comme si nous étions dans un village.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

Aujourd’hui vous sentez-vous plus cheffes d’entreprise, restauratrices ou entrepreneuses ? Parce que vous devez porter toutes ces casquettes-là finalement.  
Fanny
 : En y réfléchissant, je m’envisage plus comme entrepreneuse. Parce que si on regarde la globalité du projet en amont, ainsi que toutes les projections que nous avons envie de faire, c’est une activité d’entrepreneures. Au quotidien je suis plutôt restauratrice mais dans la démarche et la globalité, plus entrepreneuse.

On ne soigne pas les gens, mais on leur apporte quand même un peu de douceur.

Quelles sont vos projections, vos ambitions pour Kinfolk ?
Clarisse : Moi j’en suis à une projection par jour ! (rires) 

Fanny : Nous n’en n’avons pas encore beaucoup parlé mais ce qui est certain c’est que nous n’avons pas envie de nous arrêter à une seule aventure.

Clarisse : En novembre dernier par exemple, nous avons fait notre premier événement traiteur pour 250 personnes de l’école Audencia de Nantes. C’était un beau challenge pour nous et pour lequel nous sortions de notre zone de confort.

Fanny : Nous avions également eu une proposition de notre bailleur pour ouvrir un restaurant dans un nouvel immeuble, avec un roof top, un espace gigantesque. C’était démesuré mais nous ne voulions pas laisser tomber Kinfolk qui est quand même notre bébé. En même temps, on se disait que c’était une opportunité qui ne pourrait arriver qu’une fois, donc on a étudié la proposition. Cela ne s’est finalement pas fait mais cela nous a beaucoup flatté que notre bailleur pense à nous pour ce genre de projet. On a aussi entendu que notre installation avait fait du bien au quartier.

Clarisse : On ne soigne pas les gens, mais on leur apporte quand même un peu de douceur et sur ce point, notre challenge est relevé !

Fanny : On sait aussi qu’on doit se maintenir et se développer car la constance est essentielle pour nos clients habituels notamment. Et la croissance est nécessaire pour que l’on puisse se verser des salaires prochainement. Même si aujourd’hui cela semble bien engagé, ce n’est jamais acquis car nous savons qu’il faut continuer à se développer.

Clarisse : Et pour cela nous mettons notre casquette d’entrepreneures ! 

Kinfolk
2, quai Turenne
44 000 Nantes

Site internet : www.kinfolk.fr


Publié par :Solenn Cosotti

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