Photographies : Rémy Lidereau pour Etonnantes

Marie, tu as une formation de graphiste-coloriste. Comment est née ton envie de créer Dimanche ? 
Je ne sais pas d’où me vient le désir de travailler le cuir. Pour me féliciter de mon diplôme, mes parents voulaient m’offrir quelque chose alors j’ai demandé un stage d’initiation au cuir : pendant une semaine, j’avais quatre heures de formation tous les matins pour apprendre le point sellier, le point de base en maroquinerie qui est le point couture à la main. Pendant cinq jours j’ai donc appris les bases avec cet organisme de formation. Après le lycée j’étais venue à Nantes pour faire mes études de graphiste, ensuite je suis allée à Toulouse, j’ai eu mon diplôme de graphiste-coloriste et ensuite avec mon copain nous sommes allés à Paris pour nos stages. Puis je suis rentrée en tant que graphiste freelance chez la marque de bijoux Titlee où je travaillais deux jours par semaine. J’y suis entrée en tant que graphiste mais finalement j’ai fait du montage bijoux, de la préparation de commandes, de la compta, je suis allée sur les salons Maison & Objet. Ça a duré un an et demi environ, j’étais un peu considérée comme le couteau suisse de la marque ! C’était super sympa et en même temps à côté je développais mon activité de graphiste freelance mais ça ne marchait pas beaucoup.

Que proposais-tu en tant que graphiste freelance ?
De l’illustration. Je ne trouvais pas beaucoup de boulot mais je ne voulais pas être en agence. Mon projet de diplôme était une marque de papeterie que je vendais sur des petits salons de créateurs et j’ai fait mon stage de fin d’année avec Emilie, l’une des fondatrices du salon de créateurs Klin d’œil. Alors à chaque Klin d’œil j’avais un petit bout de table où je vendais mes illustrations.

Tu réussissais à les vendre ?
Oui oui ! Mais vendre une carte postale à 1,50 euros ça ne fait pas vivre ! Alors le constat c’était ça : je sais coudre trois morceaux de cuir, je n’ai pas trop de boulot, je suis présente au Klin d’œil… Il y avait un Klin d’oeil à la fin du mois d’octobre 2014 et au début de ce mois-là, mon ordi tombe en panne. Donc je ne peux plus rien faire en tant que graphiste et je me dis « Marie, à la fin du mois tu as un stand sur un salon qui est bien fréquenté donc tu fais deux pochettes, trois porte-monnaie et tu les mets sur ton stand ». Et ça avait plutôt bien pris ! Juste après, on m’avait proposé deux marchés de Noël mais à l’époque mes produits n’étaient pas super bien faits, il n’y avait pas de logo, ils n’étaient pas très bien cousus et je ne voulais pas que ma marque de papeterie et mes créations de maroquinerie aient le même nom.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Cela te tenait à cœur d’avoir un projet à toi ?
Oui, d’être à mon compte c’est quelque chose qui m’a toujours motivée.

Pourquoi ?
Je pense que j’ai une sorte de peur de l’entreprise. Finalement je n’ai pas beaucoup d’expériences en entreprise hormis des stages comme chez Catimini, mais c’est quelque chose qui me fait peur.

Tu as peur de te lasser ?
Oui il y a de ça, la peur d’une espèce de routine. Aussi je stresse beaucoup et il y a eu des stages où ça me tordait le ventre d’avoir un chef qui me disait de faire ci ou ça et de ne pas y arriver. Et en entreprise, il y a quand même beaucoup de choses qui ne sont pas super plaisantes. En école de graphisme on te fait rêver, tu fais le projet que tu veux, tu te donnes les moyens que tu veux et en entreprise c’est pas du tout comme ça. J’ai rencontré mon copain pendant nos études et lui a été dans une agence de graphisme culturel à Paris, il a fait un burn out au bout de deux ans et demi et maintenant il est tatoueur ! Il voulait du contact humain. C’est à peu près à la même période qu’on a « switché » d’activité tous les deux, ce n’était pas une période hyper facile…
A Noël 2014, je commence à vendre mes premières créations. En janvier 2015, je me suis dit qu’il fallait choisir : soit continuer en dilettante mais en trouvant un bon boulot à côté, soit y aller, tester et voir ce que ça donne ! Je me suis dit : « bon, personne ne veut me donner de boulot alors je vais faire mon propre boulot et on verra. Si je ne teste pas, je vais le regretter. En avant ! ». Donc pendant deux-trois mois, ça a été recherche de nom, de logo, recherche d’emporte-pièces pour avoir des coupes plus nettes, pour faire les marquages à chaud…

« Personne ne veut me donner de boulot alors je vais faire mon propre boulot et on verra. Si je ne teste pas, je vais le regretter. En avant ! »

Sachant que tu n’avais pas reçu d’autre formation en maroquinerie que celle d’une semaine ?
Oui ! Donc parfois je parlais avec quelqu’un qui me mettait sur des pistes. Au début c’était un peu empirique, ce n’était pas évident. 

Et comment savais-tu par exemple que tu achetais le cuir au juste prix et que tu n’étais pas arnaquée ?
Je ne savais pas. J’achetais pas mal de chutes donc c’était moins cher mais cela signifie qu’il n’y a pas de suivi, que je peux ne jamais retrouver le même cuir. Mais c’est ce que je recherche chez Dimanche : jouer sur les couleurs et ne pas faire tout le temps la même chose. En 2015 j’ai eu un grand stand au Klin d’œil au Carreau du temple à Paris alors que je n’avais pas trop de produits, le stand était un peu « minimaliste » !

Donc en 2015, Dimanche naît…
Pour chercher un nom je me suis replongée dans mon cahier d’école où j’avais cherché le nom de ma marque de papeterie, j’avais fait plein de listings et il y avait « Dimanche » dans la liste  mais qui était passé complètement inaperçu et là c’est venu assez naturellement. Je m’étais donnée des critères : je voulais que ce soit français, que ce soit simple et mixte et puis le dimanche c’est un peu le jour où tu n’es pas contraint, tu fais ce que tu veux, ça évoque des choses plutôt positives et il y avait aussi le terme « s’endimancher » que j’aimais bien. C’est venu de là. J’ai dessiné le logo aussi et quand tu investis 500 euros de fer à chaud pour marquer ton logo il faut quand même être sûre de toi ! Mais là-dessus je suis contente. Cela fait quatre ans que la marque Dimanche est née et je ne me lasse pas du nom.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Comment as-tu fait financièrement pour lancer ta marque en 2015 ?
On était tous les deux dans 18 mètres carrés et Paulo dessinait toute la journée, donc je n’avais pas ma machine à coudre, je travaillais le cuir sur une table pliable. Mais je n’avais pas autant de cuir ni de matériel donc je faisais des pochettes. J’ai fait ma couture à la main pendant un an et demi ! La marque a pris et en octobre 2015 je suis entrée aux cours de la Mairie de Paris pour adultes pour passer mon CAP maroquinerie.

C’est là que tu as vraiment pu te former aux techniques ?
Oui. Déjà je découvre une machine à coudre qui n’est pas comme la machine familiale ! Et j’ai appris des techniques pour faire des choses assez propres. C’était quand même une formation sur sélection, avec une pré-sélection sur dossier, des épreuves sur place et un entretien avec le chef d’atelier et la direction. La formation a duré une année scolaire, une à quatre heures par semaine, tous les mercredis après-midis.

Qu’y as-tu appris ?
J’ai un classeur gros comme ça sur les montages pour coudre, pour faire un sac, une pochette, pour parer aussi avec une machine qui sert à désépaissir le cuir. Il y a aussi des machines qui s’appellent des refendeuses pour désépaissir tout le cuir. J’ai eu mon CAP en juin 2016 et en novembre 2015, je suis rentrée en couveuse d’entreprise où j’ai eu rendez-vous avec un conseiller tous les mois qui me disait par exemple qu’il fallait donner un nom aux produits pour les commercialiser, qu’il fallait contacter les boutiques, faire un catalogue. En plus du conseiller, il y avait des formations pour faire le logo, la communication, faire un dossier de presse, avoir confiance en soi. Après je ne suis pas une super bonne commerciale,  aller démarcher les boutiques ça me fait un peu peur mais avec Instagram, c’est une super vitrine.

Tu es pourtant présente dans différentes boutiques à Paris, à Nantes. Ce sont eux qui sont venus vers toi ?
Oui via Instagram et grâce aux salons aussi car il y a beaucoup de boutiques qui prennent l’annuaire des créateurs présents sur les salons et nous contactent après.

A aucun moment tu n’as eu besoin d’aller démarcher des revendeurs ?
Pour certaines boutiques si. Quand je suis arrivée à Nantes, je voulais être à la boutique Inspiration donc je leur ai envoyé un mail mais sinon ça passe beaucoup par Instagram. Après j’essaie de développer aussi plus de la vente directe parce que forcément c’est plus intéressant, via des ventes sur mon site ou des ventes comme Klin d’œil.

D’où proviennent les cuirs que tu travailles ?
J’ai deux fournisseurs à Paris et ici j’en ai deux-trois.

Pourquoi travailles-tu avec des chutes ? Pour des raisons financières ?
Oui c’est moins cher mais aussi parce que mes fournisseurs n’ont que des chutes, ils n’ont pas les peaux en entier. Je travaille aussi avec les deux tannages, végétal ou minéral. Pour le tannage végétal, la transformation du cuir se fait avec des produits issus des arbres : des écorces, des racines. Mais pour avoir un peu de fantaisie sur les peaux, il faut qu’elles soient tannées de façon minérale.

A l’utilisation, tu sens la différence entre les deux tannages ?
Oui, j’aime de plus en plus travailler le tannage végétal mais pour le coup c’est un vrai investissement parce que ce n’est pas du tout le même prix. Ce qui est intéressant avec le cuir tannage végétal c’est qu’il se patine et se transforme selon la façon dont on l’utilise. La patine, les frottements vont donner un aspect verni au cuir.

A quoi reconnais-tu un beau cuir ?
C’est au ressenti. Je touche… C’est une matière hyper noble, qui provient d’un animal, ça ne se jette pas ou ça ne se recycle pas comme du papier. Je n’arrive pas à jeter mais parfois c’est problématique parce que j’ai un carton de chutes qui déborde ! Je ne veux pas gaspiller.  

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Tu décris ton travail comme du « slow design », qu’est-ce que cela signifie ?
Le fait de créer à mon rythme, de ne pas avoir une productivité de dingue. Je ne suis pas une usine, je fais à mon rythme, en fonction des besoins, je ne travaille pas en collections hiver/été.

Qu’est-ce qui t’inspire?
Le cuir. Fin janvier j’ai trouvé plein de cuirs tellement beaux que je n’arrivais pas à en dormir car je pensais à toutes les associations que je pourrais en faire !  Après au niveau des modèles, de temps en temps j’ai envie de faire un nouveau modèle mais sans m’imposer de date.

Quand as-tu réussi à acquérir les machines avec lesquelles tu travailles ?
En avril 2016 j’ai eu un atelier aux Grands Voisins à Paris, l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul qui est occupé temporairement mais légalement. Au début ça a commencé par des logements pour les migrants ou des personnes en détresse et ensuite ils ont intégré des associations, des artisans, des artistes. J’avais postulé pour avoir un atelier de 13 mètres carrés, une ancienne salle de repos d’infirmiers au niveau des salles d’opération, en rez-de jardin, c’était assez bizarre ! Finalement mon copain est venu avec moi. Dans l’atelier on avait un côté maroquinerie et un côté tattoo sans séparation ! C’était assez particulier mais cela nous a permis d’avoir un espace et au mois de juillet 2016 j’ai acheté la machine grâce à l’argent de la vente de mes créations et un petit peu de fonds que j’avais de côté.

A ce moment-là tes créations te permettaient déjà de vivre correctement ?
Non pas du tout. Là ça fait deux ans que je n’ai plus de petits boulots mais au début j’avais des missions de freelance de graphiste et dans le prêt-à-porter. Mais je n’étais pas en salariée donc ce n’était pas une routine : je changeais de boutique dans Paris pour la même marque. Il y avait des semaines où je n’avais qu’une journée pour moi mais je serrais les dents, je vendais des petites culottes pour Princesse TamTam… En fait tu mets ton cerveau sur off et quand tu rentres chez toi, tu as gagné un peu d’argent. Après on a trouvé un autre espace avec Paulo toujours aux Grands Voisins mais plus grand que celui d’avant et même plus grand que notre appartement ! On passait toutes nos journées là-bas, on ne prenait pas de week-ends, on était non-stop là bas. Donc Paulo a développé son activité de tattoo et moi de maroquinerie.

Pourquoi êtes-vous venus à Nantes?
Parce que le projet aux Grands Voisins devait se terminer en décembre 2017 et c’était vraiment imbattable comme tarif. Aussi parce qu’on n’en pouvait plus de Paris et c’était le bon moment pour bouger pour nous deux. En fait j’avais commencé mes études à Nantes et j’avais eu un gros coup de foudre pour la ville et depuis que j’étais partie d’ici je voulais revenir. 

Ton compte Instagram est-il déclencheur d’achat pour tes clients ? 
Pas forcément mais c’est surtout pour les boutiques qui me contactent via ce réseau pour vendre mes produits.

Tu passes beaucoup de temps à alimenter ton compte ?
J’essaie oui. Même si parfois ce n’est pas évident parce que je n’ai pas trop d’actu, pas de photo, j’ai la tête dans le guidon… Mais deux à trois fois par semaine j’essaie de faire un post. Après en termes de communication, je ne suis pas hyper bonne commerciale ou communicante car je n’ai pas de tactique particulière pour me faire connaître.

Comment envisages-tu l’avenir et le développement de ta marque ?
Plus de commandes en direct avec les clients. Je commence aussi à faire de plus en plus de commandes spéciales. Par exemple, quelqu’un m’a demandé de faire un protège-livre pour son ami, ou une autre personne voulait un portefeuille plus complet que ceux que je fais. C’est chouette d’avoir des projets comme ça. Je propose aussi de participer à des ateliers avec moi, pour une ou deux personne(s). Je rencontre un peu de monde comme ça et j’apprends aussi à mettre des mots sur ce que je fais. Parce qu’être bon dans ce que tu fais et pédagogue c’est deux choses différentes ! Et les gens sont hyper contents de faire des choses de leurs mains.

Tu arrives à être pédagogue justement ? A transmettre ce que tu sais faire ?
Sur certains points, certaines techniques je n’arrive pas vraiment, il y a un petit point qu’il faut que j’améliore en explications techniques. Parce que je sais le faire mais dire comment il faut le faire, c’est différent ! Mais à chaque fois ils repartent contents, avec leur création. Et pour certains ils se débrouillent super bien !

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Sais-tu ce que les clients de ta marque apprécient dans tes créations ? Est-ce qu’ils recherchent avant tout du Made in France ou est-ce qu’ils sont surtout sensibles au design de tes créations ?
Je ne sais pas. Je pense plus le design et aussi parce que j’essaie de faire des produits compacts, je ne vais pas faire de gros compagnons hyper lourds par exemple. En fait je pars de mon utilité : j’ai un petit sac et je n’aime pas qu’il pèse quatre tonnes. Il y a aussi les associations de couleurs qui plaisent. Il y a des clients qui reviennent, qui ont acheté un porte-cartes il y a deux ans et qui ont envie de changer de couleurs donc ils en achètent un autre.

Est-ce que le fait que tes créations soient fabriquées à Nantes marque une différence ? Tu mets le Made in France en avant sur tes créations avec le petit drapeau français notamment.
Oui je pense que les clients y sont attachés sinon ils iraient acheter un truc moins cher qui fait le même boulot… Après c’est hyper difficile à expliquer parce que par exemple je serais très mauvaise cliente de ma marque ! Jamais je ne mettrais 200 euros dans un sac et pourtant ce n’est pas volé mais je n’ai jamais acheté un sac à ce prix-là ! Mais je suis cliente pour d’autres choses : des céramiques qui coûtent 30 euros alors qu’à Monoprix tu en auras pour 5 euros. Je suis une bonne cliente chez les autres. Et souvent c’est le constat que l’on fait avec d’autres copines qui font du bijou, de la céramique… Là à la maison on a plein d’objets et d’œuvres faits par des gens qu’on connaît. Et j’adore ça : on a les copains aux murs ! Quand on connaît la personne qui est derrière, l’œuvre est encore plus belle et à l’inverse quand tu te rends compte que la personne n’est pas très sympa, tu ne veux plus voir la peinture. Il y a une céramiste que j’adore qui s’appelle Elise Lefebvre à Limoges et j’ai plein de mugs à elle, alors le matin et le midi, j’ai comme l’impression de boire mon thé avec elle ou en tout cas je pense à elle.

« Quand on connaît la personne qui est derrière, l’oeuvre est encore plus belle. »

© Rémy Lidereau pour Etonnantes

En quoi y a-t-il une part de toi dans tes créations ? Tu ne te mets pas forcément en avant, comment peut-on savoir qui est derrière Dimanche ?
Par les rencontres sur les marchés de créateurs, en ateliers… Sur Instagram il y a aussi des liens qui se créent avec d’autres utilisateurs qui me suivent et commentent. Il y aussi une cliente qui a quatre ou cinq produits mais que je n’ai jamais rencontrée. A chaque envoi que je fais, il y a une carte avec « Merci » et je mets un petit mot mais la troisième fois elle m’a envoyé une carte pour me remercier !

Es-tu contente de chaque création que tu fais ou en trouves-tu certaines moins bien ?
Ce sera peut-être en terme d’associations couleurs mais j’attache vraiment une importance aux finitions. J’ai eu des soucis avec des boutons pressions à un moment parce que c’était un défaut du fournisseur et j’ai eu des retours, ou des petits problèmes de fermetures avec certaines. Mais j’encourage vraiment à ce que les gens me renvoient le produit et que je le répare. On ne va pas jeter le cuir parce que le bouton pression est cassé ! C’est fait pour durer, les gens mettent le prix donc il faut vraiment qu’il y ait un suivi derrière.

Que penses-tu du cuir « vegan » ? Est-ce que c’est quelque chose qui te parle ?
Je n’en ai jamais vu en vrai et il n’y a pas forcément beaucoup de recul dessus pour savoir comment cela se patine, car ce que j’adore c’est la transformation du cuir.

Est-ce que cela devient polémique de travailler du cuir ?
Non je ne le ressens pas. J’ai eu une ou deux personnes qui sont parties de mon stand sur un salon quand elles ont vu que c’était du cuir mais c’est tout. Après je ne suis pas végétarienne ni vegan. Forcément quand tu vois certains reportages et la façon dont c’est fait cela pose question mais je travaille avec des fournisseurs qui se fournissent dans des tanneries réglementées.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Qu’aimes-tu le plus dans ton activité ?
Que les journées soient différentes : un jour je vais passer plus de temps à répondre à mes mails, le lendemain je vais faire les photos des produits et les retoucher pour les mettre sur le site, après je peux préparer une commande…

Te sens-tu artisan, entrepreneure ?
Artisan oui ! Entrepreneure je le suis forcément mais ce ne sont pas des points qui m’intéresse le plus, le commercial, la communication, c’est ce dans quoi je suis le moins à l’aise. Même si j’aime bien travailler sur le site internet pour faire les mises à jour car c’est aussi ma formation. 

En quoi ta formation de graphiste t’aide au quotidien justement ?
Pour les proportions je pense. Je fais des prototypes en papier pour essayer de voir si tout ce que je veux y mettre rentre. Ensuite je fais un prototype en cuir et soit cela fonctionne directement soit je me dis qu’il y a des points techniques qui seront compliqués et il y a parfois de la simplification car je vais travailler en série donc il faut que la logique temps-prix soit cohérente. Du coup je réajuste, je peux faire trois prototypes en cuir pour un produit.

Et ensuite à quel moment te dis-tu que tu peux lancer la production ?
Quand je suis sûre de moi et de mon prototype, je dessine le gabarit de chaque pièce sur du carton, je les découpe et je les envoie à la personne qui me fait les emporte-pièces à Paris. Il les fait sur-mesure. Ensuite avec une presse et une pression de plusieurs tonnes, je découpe le cuir.

Tu fais aussi des vases en bois tourné et cuir ?
Oui avec mon papa qui est retraité ! Arrivé à la retraite il s’est pris de passion pour le travail du bois, il a commencé par la sculpture et ensuite il a découvert le tournage du bois et un jour qu’il me montrait ses objets, je lui ai dit que ce serait sympa de mettre un peu de cuir. Mais c’est pour le plaisir ! Donc on lui a fait un petit logo et un marquage à chaud.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Quelles sont tes ambitions pour 2019 ?
De faire plein de nouveaux projets. J’ai beaucoup d’idées comme faire un sac à dos, un cartable, développer des produits plus complexes, avoir des commandes spéciales, mais c’est le temps qui manque parfois. Mais c’est aussi positif que je manque de temps ! J’ai aussi des marchés de créateurs qui jalonnent l’année. Et ensuite il faut préparer Noël dès la fin de l’été parce qu’à Noël tout s’enchaîne : les commandes sur le site, les boutiques qui se réveillent, les salons. Si tu veux avoir du stock et ne pas manquer, ça se prépare très en amont. 

C’est indispensable pour toi de faire des marchés de créateurs ?
Oui et cela me permet aussi de voir les copines créatrices que je ne vois que sur les salons, c’est toujours un moment sympa. Et là les filles du salon Klin d’œil vont faire un pop up store au Japon et mes créations vont donc partir là-bas ! C’était mon rêve ! On parlait tout à l’heure du nom de la marque et je me suis toujours dit que « Dimanche » marcherait hyper bien au Japon ! Je suis très contente de ça.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Tu es satisfaite de ton activité aujourd’hui ?
Oui même s’il n’y a aucune certitude. Est-ce que dans cinq ans ce sera toujours comme ça?

Ce n’est pas angoissant ?
Si ! Il y a des fois où je n’arrive pas à trouver le sommeil… Mais je suis contente de me lever et souvent le remède pour les coups de mou c’est d’aller voir les fournisseurs, d’aller voir quelqu’un qui est dans le circuit du cuir pour me rappeler pourquoi je fais ce métier et tant pis si ce n’est pas facile tous les jours ! Mais là je ne m’avoue pas du tout gagnante. Ça commence à prendre une bonne tournure mais je reste prudente.

Tu as peur que ton activité s’arrête un jour ?
Oui ou que je me lasse, ou que je n’arrive pas à en vivre comme j’ai envie. Après je n’ai pas un rythme de vie de dingue, je n’ai pas de tentations d’achat mais le jour où je ne peux pas payer mon loyer … Là on part au Canada mais c’est notre premier voyage ! Mais cela ne nous pose pas de problème de travailler l’un et l’autre parce qu’on adore ce qu’on fait. Quand on était à Paris et qu’on bossait tous les jours, c’est aussi parce qu’on ne voulait pas rester dans notre appartement de 18 mètres carrés, qu’aller au musée le dimanche à Paris c’est l’enfer, donc finalement on était très bien à travailler, à avancer sur nos projets, cela fait un jour de travail de gagné en plus durant la semaine. Mais c’est un rythme…

Et tu n’arrives pas à cerner pourquoi tu t’es intéressée à la maroquinerie plutôt qu’à un autre univers ?
A part entendre ma grand-mère dire qu’il n’y avait que les chaussures en cuir qui valaient le coup, je ne sais pas trop ! Quand j’étais ado j’avais des chaussures Kickers en cuir rouge qui s’étaient super bien patinées et c’étaient mes chaussures préférées. Mais je ne sais pas vraiment pourquoi j’aime le cuir.

© Rémy Lidereau pour Etonnantes
© Rémy Lidereau pour Etonnantes
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Y a-t-il des créatrices nantaises dont tu apprécies le travail ?
Aude, la créatrice des Trois petits riens que j’ai rencontrée sur un Klin d’œil !
J’adore aussi le travail de Mélanie Clénet, que j’étais allée voir avant que l’on s’installe à Nantes. J’aime aussi beaucoup ce que fait Helene Lefeuvre et j’ai deux copines qui étaient à Paris aussi et qui sont venues à Nantes avant nous qui ont une marque de papeterie qui s’appelle Mlle Jane Doe.

Retrouvez les créations de Marie Bodilis pour Dimanche,
Sur son site internet :
atelier-dimanche.fr
Et son compte instagram :
@atelier_dimanche




Posted by:Solenn Cosotti

4 réponses sur « Marie, artisan maroquinière et créatrice de Dimanche »

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